mardi 14 juillet 2009

Death note

Ryûk, dieu de la mort, s’ennuie ferme dans son monde. Il décide de laisser tomber son death note (cahier dans lequel il suffit d’écrire le nom de sa victime pour que celle-ci meure) chez les humains pour s’amuser un peu. Light, un adolescent aussi brillant que séduisant, le ramasse et comprend vite de quoi il s’agit. Il décide de s’en servir pour châtier les criminels et créer un monde plus juste dont il sera le nouveau dieu.


Après avoir accepté l’existence des death notes et des dieux de la mort, on se laisse entraîner dans une guerre des nerfs assez jubilatoire. Le manga se présente en effet comme un vaste exercice de logique dans lequel Light et L (le super détective lancé à ses trousses) réfléchissent sans cesse à la manière de détruire l’autre. Et vue la densité du texte, il faut quand même bien s'accrocher si l'on veut pouvoir suivre (bref : préférer un bon petit shojo pour le métro ou le pré-dodo).


Tsugumo Ohba a su éviter le piège du récit trop manichéen avec le gentil enquêteur contre le méchant tueur. L est prêt à tout pour arrêter Light, même à perdre des hommes s’il le faut. Light est quant à lui persuadé de tuer pour la bonne cause, surtout les criminels multi-récidivistes. La question de la peine de mort ressurgit donc avec son lot de questionnements et d’ambivalence. De plus, le responsable de police chargé de l’enquête n’est autre que le père de Kira, ce qui permet d’introduire dans le récit des réflexions sur l’honneur et la famille, valeurs fondamentales au Japon. Enfin, le dessinateur de ce manga n’est autre que Takeshi Obata, que les lecteurs de la très bonne série Hikaru no go retrouveront avec plaisir.


Cette série ne tient malheureusement pas ses promesses jusqu'au bout, n'échappant pas à des lourdeurs et des rebondissements répétitifs qui n'apportent franchement rien à l'intrigue. Malgré tout, le manga fait mouche, ne serait-ce que par son lot de questions éthiques sur le prix à payer pour garantir la paix, et réussira sûrement à séduire tous les types de publics.


Death note de Tsugumo Ohba et Takeshi Obata

Éd. Kana, coll. « Dark Kana »

12 tomes parus, série terminée


Babyji



Babyji de Abha Dawesar
Éd. Héloïse d'Ormesson, 2007

Un zoo en hiver



Un zoo en hiver de Jirô Taniguchi
Éd. Casterman, coll. "Écritures", 2009

Soie


Soie de Alessandro Baricco
Éd. Gallimard, coll. "Écoutez lire"
Première édition : 1997

Inconnu à cette adresse



Inconnu à cette adresse de (Kathrine) Kresmann Taylor
Publié pour la première fois en 1938 aux États-Unis
Éd. Gallimard, coll. "Écoutez lire"

lundi 29 juin 2009

Constellations


Constellations de Frederik Peeters
Éd. L'Association, coll. "Mimolette", 2002

Ma maman est en Amérique...



Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill
De Jean Regnaud et Émile Bravo

Éd. Gallimard, coll. "Bayou", 2007
Prix Tam-Tam BD de Montreuil
2007

Firmin : autobiographie d'un grignoteur de livres

Firmin est le dernier rat d'une portée de treize. Leur mère leur a donné naissance dans les sous-sols d'une librairie de Boston. Devant subir la concurrence impitoyable de ses frères et sœurs pour arriver jusqu'aux mamelles maternelles, Firmin se met à grignoter les livres pour survivre. C'est au cours d'un de ses repas littéraires que Firmin découvre qu'il sait lire. Alors que sa famille part chasser dans les rues bostoniennes et quitte peu à peu le bercail, Firmin décide de rester dans la librairie qu'il connait désormais comme sa poche, et de ne plus manger de livres. Il y a bien assez de restes au cinéma du quartier, un lieu où il aime passer ses soirées à regarder danser Fred Astaire, puis plus tard dans la nuit des femmes peu vêtues dans des films interdits aux adultes. Et puis il y a Norman, le libraire que Firmin vénère comme une véritable idole. Mais un rat peut-il s'entendre avec un humain ?

Voilà un programme bien alléchant pour un livre finalement décevant dont l'intérêt se dilue un peu plus à chaque rebondissement. Les références à la littérature sont finalement peu nombreuses et tombent souvent à plat. Dans le genre "un nouveau lecteur est né", mieux vaut se tourner vers La reine des lectrices qui fonctionne plutôt bien. L'auteur dénonce aussi le manque d'ouverture d'esprit et la peur de l'autre, mais là encore, il ne cherche pas à aller plus loin, restant à la surface des choses pour finalement partir dans tous les sens. A l'arrivée, on finit par trouver ce rat accro à la lecture et aux films X pas bien attachant. Bref un rat moyen pour un livre moyen que l'on oubliera vite, n'en déplaisent aux commerciaux d'Actes Sud qui ne lésinent pas sur la promo.

Firmin : autobiographie d'un grignoteur de livres de Jim Savage
Éd. Actes sud, 2009

Miss pas touche



Miss pas touche de Kerascoët
Éd. Dargaud, coll. "Poisson Pilote"
3 tomes parus depuis 2006, série en cours
1) La vierge du bordel
2) Du sang sur les mains
3) Le prince charmant

Jolies ténèbres


Jolies ténèbres de Fabien Vehlmann et Kerascoët
Éd. Dupuis, 2009

Aya de Yopougon



Aya de Yopougon de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie
Éd. Gallimard, coll. "Bayou"
4 tomes parus depuis 2005, série en cours

Ikigami : préavis demort

Après la très bonne série en 4 tomes Heads dans laquelle un jeune homme se retrouvait, grâce aux pouvoirs de la médecine, avec le cerveau et les pensées d'un délinquant, Mase Matoro continue de s'interroger sur la science, l'éthique et la politique avec un nouveau thriller fantastico-psychologique.

Nous voilà dans un Japon où tous les enfants sont vaccinés à leur entrée à l'école. Mais un vaccin sur mille contient une micro-capsule qui explosera entre l'âge de 18 et 24 ans, causant irrémédiablement la mort. C'est la Loi pour la Prospérité Nationale : afin de faire comprendre à tous la beauté et la fragilité de la vie, certains devront être sacrifiés.
Fujimoto ne fait pas partie de ces malchanceux. Il devient fonctionnaire et a pour mission de délivrer l'Ikigami, le préavis de décès annonçant qu'il ne reste plus que 24 heures avant l'explosion de la capsule. A force de côtoyer des gens sur le point de mourir, il commence à s'interroger sur la légitimité de cette loi, tout en sachant que ceux qui la critiquent subissent immédiatement la fameuse injection...

Que faire lorsqu'il ne reste plus que 24 heures à vivre, que l'on est si jeune et déjà victime de l'injustice du hasard ? Pas se venger sur les autres ou la société car le système est bien rodé et ce sont les proches et la famille qui devront payer pour les dommages occasionnés. Essayer de laisser une trace, de ne pas mourir pour rien, mais le temps est déjà compté et les rêves inachevés un peu durs à digérer. A travers le parcours de Fujimoto, on assiste aux dernières heures de ces jeunes victimes, leurs réactions, leur rage, leur désespoir, et leurs solutions pour survivre malgré tout. Et puis il y a ceux qui restent et qui doivent accepter la mort, continuer à vivre et respecter cette loi qui leur aura fait lourdement comprendre l'importance de préserver la vie. Tuer quelques uns pour sauver le plus grand nombre... la question est épineuse et décidément récurrente. Death Note et ses dieux de la Mort en était une bonne illustration malgré un essoufflement progressif au fil des tomes.

Avec un trait réaliste et soigné, Mase Motoro souligne les émotions de ses personnages, exacerbant leurs réactions physiques pour les rendre encore plus tangibles. Seul Fujimoto est impassible, témoin d'une loi cruelle mais théoriquement justifiable, n'ayant pas le droit d'exprimer ses doutes. Combien de temps notre fonctionnaire tiendra-t-il avant de tomber le masque et quels événements le pousseront à le faire ? Nul doute que la suite risque d'être aussi passionnante que tendue.

Ikigami : préavis de mort de Mase Motoro
Éd. Asuka, coll. "Seinen"
3 tomes parus depuis 2009, série en cour

Approximativement



Approximativement de Lewis Trondheim
Éd. Cornélius, coll. "Pierre et Paul", 1995

Entre les bruits


Entre les bruits de Belinda Cannone
Éd. de l'Olivier, 2009

Spirou et Fantasio par...



Les géants pétrifiés de Vehlmann et Yoann
Éd. Dupuis, 2006

Le journal d'un ingénu de Daniel Bravo
Éd. Dupuis, 2008

Ma mère était une très belle femme


Ma mère était une très belle femme de Karlien de Villiers
Éd. Ça et Là, 2007

Le cri


Le cri de Laurent Graff
Éd. Le Dilettante, 2006

Tamara Drewe



Tamara Drewe de Posy Simmonds
Éd. Denoël, coll. "Denoël Graphic", 2008
Grand Prix de la Critique 2009 (ACBD)

Le petit Christian



Le petit Christian de Blutch
Éd. L'Association, coll. "Ciboulette"
2 tomes parus : 1998, 2008
Blutch : grand prix de la ville d'Angoulême 2009

Les fascificateurs / Les éclaireurs



Les falsificateurs d'Antoine Bello
Éd. Gallimard, 2007

Les éclaireurs d'Antoine Bello
Éd. Gallimard, 2009, Prix France-Culture/Télérama

Fahrenheit 451


Fahrenheint 451 de Ray Bradbury
Éd. Gallimard, coll. "Folio SF"
Première parution : 1951

jeudi 23 avril 2009

Girls


Girls de Joshua et Jonathan Luna
Éd. Delcourt, coll. "Contrebande".
4 tomes parus depuis 2006, série terminée

1) Conception
2) Émergence
3) Survie
4) Extinction

De mal en pis


De mal en pis d'Alex Robinson
Éd. Rackham, 2004
Prix du meilleur premier album 2005 à Angoulême

L'aveuglement


L'aveuglement de José Saramago (prix Nobel 1988)
Éd. Seuil, coll. "Points", 1997

Le soldat chamane


Le soldat chamane de Robin Hobb
Éd. Pygmalion, 6 tomes parus depuis 2006

Un Juif pour l'exemple


Un Juif pour l'exemple de Jacques Chessex
Éd. Grasset, 2009

D'autres vies que la mienne


D'autre vies que la mienne d'Emmanuel Carrère
Éd. P.O.L., 2009

samedi 28 mars 2009

Les aventuriers de la mer


Les aventuriers de la mer
de Robin Hobb
Éd. Pygmalion, 9 tomes parus depuis 2001
Série terminée

vendredi 6 février 2009

Notes

Pour ceux qui ne connaissent pas encore le blog BD de Boulet, voici un bon moyen de se rattraper grâce à ces compilations de notes publiées dans la collection tendance de Delcourt : "Shampooing". Il faut de toute façon être jeune (avoir de super bons yeux et ne pas faire des journées de 10 heures) pour réussir à lire les bulles et à discerner les traits. Mais pour ceux qui auront réussi à s'en accommoder, il y aura une bonne dose de fou-rires à la clé, car Boulet sait raconter les petits aléas du quotidien et les grandes interrogations : les joies de la collocation, l'efficacité avérée de la SNCF, la flemmingite aiguë, les amis envahissants, les ordis qui tombent malades (bien sûr qu'ils sont vivants), les plans foireux... Il nous fait aussi part de sa vie d'auteur BD rythmée par les salons et les dédicaces (des grands moments de solitude), les périodes de bouclage et les pannes d'inspiration. Des BD joyeusement cathartiques qu'on devrait tous emmener avec nous dans le métro ou dans le train, au cas où il y aurait du retard et qu'on aurait un besoin urgent d'en rire.

Notes de Boulet
Éd. Delcourt, coll. "Shampooing", 3 tomes parus depuis 2007
1) Born to be a larve
2) Le petit théâtre de la rue
3) La viande c'est la force

La rose écarlate

Après avoir assisté à l'assassinat de son père, la jeune Maud découvre ses origines aristocratiques et part vivre chez son grand-père. Ce dernier est bien décidé à employer les grands moyens pour faire de sa provinciale de petite-fille une lady digne de ce nom. Mais Maud n'a que faire de l'argent et des belles robes. Elle admire "Le Renard", un Robin des bois à cheval qui vole les riches pour donner aux pauvres. Et après tout, pourquoi n'en ferait-elle pas autant grâce à ses talents d'escrimeuse ? Maud devient à l'insu de tous "La Rose écarlate" : une justicière au grand cœur à la recherche du meurtrier de son père.

Des couvertures pleines d'étoiles et de lumières avec une légère touche manga ; il ne m'en aura pas fallu plus pour aiguiser ma curiosité de lectrice de shojo et autres littératures pour filles (si vous n'aimez pas ça, mieux vaut s'abstenir). Et avouons-le tout de suite, le résultat est à la hauteur de mes attentes : dynamique, dépaysant, romantique, pas prise de tête.
Alors bien sûr le scénario est plutôt prévisible et se nourrit de ce qui a déjà été fait en la matière : une jeune héroïne toute pimpante et fraichement naïve qui ne connait rien aux intrigues de la cour ou aux relations amoureuses se retrouve malgré elle (même si elle le cherche un peu !) au cœur de toutes les intrigues... On pense évidemment à Lady Oscar, La Tulipe Noire et même Angélique marquise des anges, surtout dans le troisième tome qui se déroule à Versailles. L'action est soutenue, le découpage bien pensé, les personnages gentiment caricaturaux (mais c'est comme ça qu'on les aime) et les tenues donnent envie d'organiser des soirées déguisées.

Le dessin est plutôt séduisant car il réussit à mélanger les lignes classiques de la BD franco-belge avec les codes du manga : visages ultra expressifs et coupes de cheveux improbables. Et je ne vous parle même pas des effets de lumière et des décors extérieurs... Bref, une belle réussite pour les fans du genre.

La rose écarlate de Patricia Lyfoung
Éd. Delcourt, coll. "Conquistador", 4 tomes parus depuis 2005
1) Je savais que je te rencontrerais
2) Je veux que tu m'aimes
3) J'irai où tu iras
4) J'irai voir Venise

Le Petit Prince


Le Petit Prince de Joann Sfar
D'après l'œuvre d'Antoine de Saint-Exupéry
Éd. Casterman, coll. "Fétiche", 2008
Prix Essentiel Jeunesse 2009 au festival d'Angoulême

Le goût du chlore



Le goût du chlore de Bastien Vivès
Éd. Casterman, coll. "KSTR", 2008
Prix Essentiel Révélation 2009 au Festival d'Angoulême

Miss Endicott


Miss Endicott de Jean-Christophe Derrien et Xavier Fourquemin
Éd. Le Lombard, coll. "Signé".
2 tomes parus depuis
2007

Histoire d'amour




Histoire d'amour de Régis Jauffret
Ed. Verticales, 1998

Extras


Extras de Scott Westerfeld
(4ème tome de la série "Uglies")
Éd. Pocket, 2008

La reine des lectrices

Que se passerait-il si la reine d'Angleterre, dont nous connaissons tous les tenues et chapeaux en tous genres, devenait accro à la lecture au point d'en oublier de se changer à chaque cérémonie ?

C'est ce qu'imagine Alan Bennett dans cette fable moderne où il aura suffi d'un bibliobus et de bonnes manières pour entrainer la reine dans les affres de la lecture, une véritable fièvre qui la conduit d'un livre à l'autre, à différentes époques, dans différents pays, loin de ses devoirs royaux et de ses sujets non lettrés. C'est Norman, jeune homme gay travaillant en cuisine qui l'aiguillera au début sur le choix de ses lectures, (choix plutôt orientés...) jusqu'à ce que le premier ministre y mette un terme. Mais cela n'empêchera pas Sa Majesté de continuer à lire dans son lit ou son carosse, quitte à passer parfois pour une gateuse. Avec humour et sans prétention, Alan Bennet nous fait réfléchir à notre propre rapport à la lecture et nous donne envie de relire les classiques anglais.

La reine des lectrices
d' Alan Bennett
Éd. Denoël, 2009

mardi 20 janvier 2009

Murena


Murena de Jean Dufaux et Philippe Delaby
Éd. Dargaud, série publiée entre 1997 et 2007
1) La pourpre et l'or
2) De sable et de sang
3) La meilleure des mères
4) Ceux qui vont mourir...
5) La déesse noire
6) Le sang des bêtes

Le journal d'un remplaçant


Le journal d'un remplaçant de Martin Vidberg
Éd. Delcourt, coll. "Shampooing", 2008

Ellana : la prophétie

Ça y est, je suis en deuil, car avec ce dernier tome ce n'est pas seulement l'histoire d'Ellana qui se termine, mais aussi celle d'Ewilan, de Salim et de Gwendalavir. Je ne peux bien évidemment rien raconter sur cet épisode, juste rappeler qu'il faut absolument lire les livres dans l'ordre, à savoir :

1) La quête d'Ewilan
2) Les Mondes d'Ewilan
3) Le Pacte des Marchombres.

Cela permettra de ne pas brûler les étapes et d'apprécier l'évolution du style, car Bottero écrit de mieux en mieux, réduisant peu à peu le nombre de ses poncifs et autres clichés sur la nature ou les grands sentiments qui parasitent franchement la lecture des premiers tomes (et rendent sa trilogie L'Autre assez indigeste). Mais il fait partie de ces auteurs absolument géniaux qui façonnent des mondes auxquels on croit comme s'ils avaient toujours existé. J'envie les lecteurs qui ne connaissent pas encore Gwendalavir, et j'espère que Bottero nous racontera très vite une nouvelle histoire.

Ellana : la prophétie de Pierre Bottero
3e tome de la trilogie "Le Pacte des Marchombres"
Éd. Rageot, 2008

Joséphine - Ma vie est tout à fait fascinante

Pour ceux qui ne connaissent pas encore le blog de Pénélope Jolicoeur, ces deux BD permettent de se remettre à la page et de paraître moins ignares dans les soirées (de geeks) parisiennes.

Ma vie est tout à fait fascinante est un recueil des meilleurs posts publiés par la demoiselle. A coup de mini strips souvent drôles, elle nous raconte son quotidien de jeune graphiste parisienne fashion victim, fan de jeux vidéos et de charcuterie corse, maladroite patentée et fêtarde unanimement reconnue. Impossible de ne pas feuilleter ce recueil sans sourire à ces mini-déboires du quotidien qui nous rappellent souvent les nôtres et donnent envie de boire un verre de vin rouge en écoutant notre vieux best off d'Abba !

Joséphin
e est une vrai BD avec un scénario, un découpage, une héroïne blonde bien caricaturale du type Bridget Jones. Autant le dire tout de suite : cette Joséphine nous fait pas mal penser à Pénélope Jolicoeur version célibataire à la recherche du grand amour (peut-être l'Homme sans cœur), mais on passe quand même un bon moment de lecture. Et après tout, pourquoi changer de formule quand ça marche ?


Joséphine de Pénélope Bagieu
Éd. Jean-Claude Gawsewitch, 2008
Ma vie est tout à fait fascinante de Pénélope Bagieu
Éd. Jean-Claude Gawsewitch, 2008

L'aiguille creuse

Un cambriolage qui tourne mal, un voleur blessé dont le corps disparait, un jeune lycéen qui mène l'enquête, le nom d'Arsène Lupin sur le bout des lèvres et le secret de l'aiguille creuse (que les rois de France se transmettent depuis Jules César) à percer...

Tous ces ingrédients savamment distillés par Maurice Leblanc font de ce roman à énigmes un chef-d'œuvre en son genre. La langue est très classique voire un brin désuète, et demande un peu d'adaptation au début, mais le personnage (pas si gentleman que ça) d'Arsène Lupin est loin d'être lisse et mérite de ne pas sombrer dans l'oubli. Un classique à découvrir et redécouvrir sans crainte.

L'aiguille creuse de Maurice Leblanc
Éd. Le Livre de poche
Première parution : 1909

Le retour à la terre

Décidément, on ne s'ennuie pas à la campagne. Manu vit toujours au vert avec Mariette, sa fille Capucine et son chat. Il se transforme peu à peu en homme au foyer, essayant avec plus ou moins de réussite de s'occuper de la maison et de sa fille entre deux planches. Il faut dire que Mariette a repris la fac et n'est plus très disponible. Et puis les élections municipales se rapprochent et Manu découvre la pression du pouvoir dans les petites villes où tout le monde se connait.

S'il ne fallait emporter qu'une seule série de Manu Larcenet dans une maison de campagne sans internet, ce serait celle-là, car elle est bien moins déprimante que Le combat ordinaire et qu'en plus elle se bonifie à la relecture (surtout si l'on a tendance à engloutir la BD dès sa sortie et que l'on ne se souvient plus de rien une semaine après). Drôle, juste, poétique, lunaire, l'univers créé par le tandem Larcenet-Ferri est toujours aussi réjouissant à retrouver. Rien de révolutionnaire dans ce nouvel opus, juste le fil de l'histoire qui reprend, les personnages qui grandissent, sont désormais parents, citoyens, électeurs, écolos, voisins, amis, étudiants et doivent concilier le tout, même si cela va parfois à l'encontre de leurs envies et de leurs idéaux. Car la vie n'est pas toujours douillette, les enfants pas si adorables que ça, les relations amoureuses parfois houleuses, l'inspiration pas toujours là. Mais que l'on se rassure, chacun retombe sur ses pieds, le maire est réélu, les amis ressortent de la cave avec de nouveaux projets, les planches sont envoyées et la vie continue !

Le retour à la terre de Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet
Éd. Dargaud, coll. "Poisson pilote", série en cours depuis 2002
1) La vraie vie
2) Les projets
3) Le vaste monde

4) Le déluge
5) Les révolutions

De Gaulle à la plage

Comment réviser le bac tout en se moquant des grands de ce monde comme De Gaulle ou Churchill. Jean-Yves Ferri, que l'on connait surtout pour son travail avec Manu Larcenet, s'est lancé dans une folle aventure : raconter les vacances à la plage de De Gaulle et de sa petite famille, sans oublier les accessoires : tongues, béret et short so sexy !

Nous sommes au cours de l'été 1956, en pleine guerre d'Algérie, avant que De Gaulle ne reprenne une fois de plus les choses en main, en retournant au pouvoir et en fondant la Ve république (quand je vous disais qu'on révisait le programme d'histoire... mais qu'on se rassure, Ferri a aussi pris beaucoup de libertés).
Notre futur président a peut-être le short remonté jusqu'à la poitrine, mais il est digne, plein de beaux discours pour son fidèle Lebornec ou les mouettes qui passent, et n'aime pas trop les chiens allemands... Caricatural à souhait, décalé au possible, il trône sur la plage
sans se soucier de sa femme (et on le comprend) ou des questions monomaniaques de son fils en pleine crise d'hormones.
L'humour est souvent potache, parfois subtil, un peu répétitif à la longue, mais le procédé est tellement jubilatoire qu'on oublie vite les erreurs de parcours. A lire par petites doses pour ne pas être écœuré.


De Gaulle à la plage de Jean-Yves Ferri
Éd. Dargaud, coll. "Poisson pilote", 2007

American splendor

"Ordinary life is pretty complex stuff."

Harvey Pekar est un américain moyen qui a le don de se moquer de lui-même et de ceux qui l'entourent. Il vit à Cleveland, a une famille, son boulot de scénariste, aime les jazz et les choses d'intello, n'a pas un physique d'athlète ou d'éphèbe. Il a aussi la névrose facile, paranoïa et hypocondrie, que du banal mais cela lui vaut pas mal de moments d'introspection et de joyeuses insomnies, de quoi alimenter comme il se doit son American Splendor, dont l'adaptation cinématographique l'a fait connaître du grand public.

Ne sachant pas lui-même dessiner, il s'est laissé croquer pendant de nombreuses années par de nombreux dessinateurs comme Robert Crumb,
Richard Corben, Eddie Campbell, Chris Weston, Gilbert Hernandez, Ty Templeton ou encore Dean Haspiel a qui on doit la couverture de l'édition française. Le tout crée parfois un ensemble disparate avec des histoires plus ou moins bien réussies selon les dessinateurs et l'inspiration de Pekar, mais la force de ce dernier est d'avoir un univers bien à lui où les prises de tête et l'humour servent de véritables fils conducteurs à l'ensemble de l'œuvre.

Qu'il s'agisse de déboucher les toilettes ou de conduire sous la neige, la tension est là, bien tenace, comme si dans chaque petite action se jouaient toutes les autres. Pourtant Harvey Pekar n'est pas plus fou qu'un autre. Il n'a pas de lourds secrets de famille ou d'aventures traumatisantes à digérer, juste un parcours de vie banalement compliqué avec son lot de victoires et de désillusions, avant de devenir l'écrivain que l'on connait. C'est en tout cas ce qu'il nous raconte dans The Quitter, son œuvre la plus aboutie. Il ne s'agit plus d'un recueil d'histoires courtes, mais d'un véritable roman graphique entièrement dessiné par Dean Haspiel. Une réussite aussi bien visuelle que narrative qui mériterait d'être plus connue.


American splendor de Harvey Pekar
Éd. Panini, coll. "Vertigo Graphic Novel", 2007


The Quitter de Harvey Pekar et Dean Haspiel
Éd. Panini, coll. "Vertigo Graphic Novel", 2007

Seuls

Lorsque Camille, Leila, Yvan, Terry et Dodji se réveillent, ils ne trouvent ni leur famille ni leurs amis. Tous les adultes ont disparu sans laisser de trace. Les 5 enfants décident alors de rester ensemble et de chercher d'autres survivants. Mais ils vont vite apprendre que "rescapés" ne veut pas forcément dire "alliés"...

Dans la série "survivre et surtout survivre aux autres" (citation emblématique de Koh-Lanta pour ceux qui n'auraient pas compris cette allusion hautement culturelle), ce sont cette fois-ci les enfants qui se retrouvent seuls et livrés à eux-mêmes. Certains sont très jeunes et incapables de se débrouiller tout seul même avec un sachet de pâtes. D'autres sont plus matures et débrouillards comme Leila et Dodji. Mais ce dernier élevé à la dure a l'habitude d'être seul et ne supporte pas qu'on puisse dépendre de lui. On l'aura compris, les conflits vont vite parasiter le groupe alors que nos 5 survivants auront besoin de s'entraider pour affronter les dangers à venir. Car les rebondissements ne manquent pas et chaque tome nous entraine un peu plus loin dans les problèmes de survie, de rapport aux autres et à soi-même.

Cela fait quelques albums que je suis avec beaucoup d'intérêt le travail de Fabien Vehlmann. Qu'il s'agisse des Cinq conteurs de Bagdad (qui mérite son prix Canal BD) ou Des lendemains Sans Nuage (déjà avec Gazzotti !), les scénarios sont à chaque fois complexes, originaux, bien pensés. Quant à Bruno Gazzotti, est-il encore besoin de le présenter après la série Soda. On retrouve avec plaisir son trait tendre et appliqué, joyeusement décalé par rapport au ton finalement assez sombre de la BD. Car même si cette série est résolument jeunesse, les questions soulevées sont assez dures. Mais Fabien Vehlmann ne perd jamais de vue que ses protagonistes sont avant tout des enfants qui répètent malgré eux des logiques d'adultes à à moitié comprises. Un savant déséquilibre qui rend cette série franchement intéressante.

Seuls de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti
Éd. Dupuis, série en cours depuis 2006
Prix de la série jeunesse 9-12 ans au Festival d'Angoulême 2007
1) La disparition
2) Le maître des couteaux
3) Le clan du requin

Derniers rappels

Ray Beam est une rock star en mal d'inspiration dont le dernier succès remonte déjà à quelques années. Lily est une jeune femme timide catapultée du jour au lendemain dans le monde de Ray sans en connaître les codes. Steve est un psychotique paranoïaque à la diarrhée verbale poisseuse. Phoebe est bien décidée à entrer en contact avec son père, sans savoir que ce dernier vit avec un homme. Caprice n'a pas beaucoup de chance : ceux avec qui elle sort cachent toujours quelque chose...

Dans la série puzzle, Alex Robinson fait fort. Ses personnages racontent chacun à leur tour leur histoire et cohabitent dans presque 400 pages en noir et blanc aussi prenantes qu'un bon polar. Le chapitrage est décroissant, de 49 à 1, véritable compte à rebours qui nous rapproche peu à peu d'un bouquet final survolté où tous les personnages auront leur part à jouer. Le procédé n'est pas nouveau mais fonctionne à merveille et on se laisse vite embarquer dans cet univers assez sombre où les rapports humains sont d'une justesse impitoyable. Alex Robinson nous propose d'observer nos défauts les plus communs et les plus détestables, comment on passe à côté de la bonne personne, par quel chemin on se retrouve enfermé dans un cercle vicieux, pourquoi les mauvaises habitudes nous rattrapent toujours..., le tout heureusement saupoudré d'un peu de grandeur d'âme. De quoi réfléchir un petit moment sur le sens de nos courtes existences.

Derniers rappels d'Alex Robinson
Éd. Rackham, 2006
Prix du meilleur roman graphique aux Harvey Awards 2006

vendredi 28 novembre 2008

Le grand Mort

Pauline est jeune, intelligente, parisienne (c'est-à-dire pas débrouillarde et peu commode) et part réviser ses exams de science-éco à la campagne (un coin perdu en Bretagne), dans une maison prêtée par une amie. Le plan idéal si on oublie la voiture qui ne démarre pas, une nature hostile, le froid et la pluie. Heureusement Erwan est là pour pousser la vieille "deuche", offrir le gîte comme le couvert et ne pas perdre son calme à chaque critique de la jeune femme. S'il la draguait ce serait encore mieux, mais le jeune homme est plutôt placide et a en plus (la belle excuse) une mission à accomplir dans un univers parallèle que l'on ne découvre qu'en mettant des larmes d'abeille dans ses yeux...

Une BD estampillé Loisel, ça intrigue forcément surtout après Peter Pan et La Quête de l'oiseau du temps. Cette fois-ci, il ne fait que le scénario (avec son compère Jean-Blaise Djian) et laisse le dessin à Vincent Maillé à qui on doit notamment "Les Aquanautes" chez Soleil et qui travaille sur la suite de La Quête. Un défi de taille pour ce jeune dessinateur qui devra quand même lutter pour ne pas rester coincé dans l'ombre de Loisel. Mais bon, il y a quand même des destinées plus tristes...

Comme on l'aura compris dans le résumé, le scénario est ultra classique mais fonctionne à merveille : un univers inconnu, des êtres et des rites étranges, une bonne dose de questions sans réponse. On se sent bien au chaud dans ce décor de fantasy jusqu'à la moitié du deuxième tome où le cocon éclate et le scénario étonne. Fini la forêt et ses couleurs chatoyantes : Erwan part en quête de Pauline dans un Paris futuriste rongé par la misère et la crise (eh oui, elle est partout). D'accord, c'est bien pensant et un peu caricatural, mais les rebondissements sont dignes d'une saison de Lost, alors vivement la suite !

Le Grand Mort de Jean-Pierre Loisel et Vincent Mallié
Éd. Vents d'ouest, 2006, série en cours
1) Larmes d'abeilles
2) Pauline...

La robe

On m'a conseillé un petit roman de Robert Alexis, soit-disant "un bijou", "une histoire incroyable", "bien écrit", "non non on peut pas te dire de quoi ça parle sinon ça perd de son charme". Moi emballée, pars bien évidemment avec et me lance le soir même (après avoir dit à une de mes collègues que j'en avais marre de lire des histoires sombres) dans un des livres les plus malsains que j'ai jamais lus (que l'on se rassure, c'est quand même moins pire que du Marquis de Sade, mais aussi moins intéressant, alors mieux vaut revenir aux classiques !).

Je ne peux donc pas dévoiler l'intrigue, juste mettre en garde ceux ou celles qui ont du mal avec les situations glauques mêlant sexualité hors norme et philosophie. Alors oui, ce roman est effectivement fascinant et plein de suspense, mais s'il reste dans les mémoires, c'est plus pour son sujet choc que pour ses qualités littéraires. La construction est ultra classique et la fin étonnamment morale avec rachat de faute, don de soi et mise en avant des valeurs de l'armée. A l'arrivée, on a un livre aussi "savoureux" qu'une pub contre l'alcool où l'on voit tout le monde mourir dans d'atroces souffrances, une histoire qui donne franchement envie d'éviter toute forme d'addiction et d'aliénation.

La robe de Robert Alexis
Ed. José Corti, 2006

vendredi 21 novembre 2008

Fugitives

Voici un recueil de huit nouvelles, huit portraits de femmes de tout âge à un moment-clé de leur existence, un départ, une attente, une rupture, cette heure du fameux choix, celui qui vous change la vie qu'on le veuille ou non. Prendre un bus, le quitter, accompagner quelqu'un durant quelques heures, telles sont les actions d'apparence anodine sur lesquelles ces femmes reviennent, sachant après coup ce qu'elles ont gagné, perdu, quel a été le prix à payer pour leur petite insurrection ou leur grande lâcheté...

La nouvelle est la forme littéraire idéale pour retranscrire ces moments de fuite, aller à l'essentiel, ne pas s'encombrer des détails superflus, viser, taper, chuter.
Alice Munro décrit l'instant, nous laisse entrevoir le poids sur les épaules de ses héroïnes, esquisse les possibles puis tranche froidement le fil de ses nouvelles. Et même si ces femmes ont en apparence le choix, c'est le carcan sous toutes ses formes, famille, mariage, foi, qui a le plus souvent le dernier mot. Il faut croire que l'univers féminin n'est pas celui des contes de fée mais plutôt celui du compromis, du renoncement, du deuil. Malgré tout, la liberté existe. Elle a un prix : la solitude.
Tout cela est quand même bien déprimant.

Alice Munro est née en 1931 au Canada et ses recueils de nouvelles sont salués par tous, public, critiques et même écrivains célèbres. Son premier livre, La danse des ombres heureuses, a reçu le prix du Gouverneur général en 1968.

Fugitives d'Alice Munro
Ed. de l'Olivier, 2008

mardi 18 novembre 2008

Universal War One

En 2098, alors que l'homme a réussi à coloniser le système solaire et que les voyages dans l'espace n'ont plus de secret pour lui, l'apparition d'un immense mur noir en constante progression inquiète les forces terriennes. L'escadrille Purgatory, un joyeux groupe d'officiers en attente de jugement devant la cour martiale, mais à qui on a laissé une seconde chance, va réussir à pénétrer dans le fameux mur. Ainsi commence une course contre la montre dont le but est d'empêcher la destruction de la Terre, prélude morbide à la Première Guerre Universelle.

Voilà enfin un scénario digne de ce nom, qui nécessite pas mal de cellules grises pour en appréhender toutes les finesses. L'univers y est complexe, les enjeux aussi bien politiques qu'éthiques, les personnages plutôt surprenant et la fin franchement réussie. Les références bibliques qui ponctuent le récit donnent à l'œuvre une certaine profondeur et l'on entrevoit l'inexorable, le destin en marche qui se joue bien du temps et de notre supposée liberté. Les dessins sont classiques mais soignés, et la couleur entièrement réalisée à l'ordinateur se marie bien avec l'ensemble. A noter que Marvel est en train de publier la série aux États-Unis, un privilège outre-atlantique plutôt rare et bien mérité.

Universal War One de Denis Bajram

Ed. Quadrant solaire, 1998-2006, série terminée
1) La Genèse
2) Le Fruit de la connaissance
3) Abel et Caïn
4) Le Déluge
5) Babel
6) Le Patriarche

samedi 8 novembre 2008

Où on va, papa ?

"J'ai voulu transformer mes fils en héros de roman. C'est le seul cadeau que je pouvais leur faire". L'écrivain Jean-Louis Fournier a écrit un court roman sur ses deux fils, Thomas et Mathieu, tous deux handicapés moteurs et mentaux.
Malgré la dénomination "roman", il s'agit plutôt d'un récit constitué de courtes réflexions de l'auteur sur le quotidien avec ses enfants, sur sa vie de père, ses attentes, ses désillusions, et Thomas qui ne cesse de répéter dans la voiture "Où on va papa ?", sans jamais se souvenir de la réponse.

Jean-Louis Fournier ose donc l'humour noir pour aborder ce sujet difficile, en n'ayant pas peur d'assumer ses fantasmes, quitte à passer pour le méchant, comme celui de laisser ses fils tous seuls avec un rasoir pour voir s'ils ne vont pas se raser d'un peu trop près. Les anecdotes se suivent sans véritable chronologie, fragments de vie racontés sur le vif de l'émotion, laissant tout le reste dans les blancs, le départ de la mère, l'arrivée d'une petite fille tout à fait normale, la vie qui continue. Jean-Louis Fournier ne semble pas avoir voulu choisir une forme littéraire trop conventionnelle, assumant les redites et les ruptures temporelles. Cependant la lecture est parfois répétitive, les anecdotes allant souvent dans le même sens (les livres qu'ils ne liront pas, les lieux qu'ils ne visiteront pas, les opéras qui ne les toucheront pas...), et l'on peut se demander si ce livre aurait autant plu s'il avait traité d'un thème moins délicat. Mais aux vues du nombre de lettres de remerciements et de témoignages que l'auteur a reçus ces dernières semaines, il semble que ce type de littérature soit plus que nécessaire.

Où on va, papa de Jean-Louis Fournier
Éd. Stock, 2008
Prix Femina 2008

mercredi 5 novembre 2008

Evil heart

Umeo Masaki est un enfant qui ne baisse jamais le regard et se retrouve toujours au cœur des bagarres. Pris dans la spirale de la violence, il ne sait plus se contenir et se coupe progressivement des gens qui l'entourent. Pourtant il ne cherche qu'à se défendre, défendre sa famille et se racheter des jours où il n'a pas su empêcher son grand frère de s'en prendre à leur mère. À la rentrée des classes, Umeo découvre par hasard l’aïkido et décide de s'en servir pour devenir plus fort. Peu à peu, il entrevoie une autre voie possible et s'ouvre progressivement aux autres.

Mais comment font-ils pour nous donner autant envie ? Après Hikaru no go, j'ai acheté un goban et des pierres, Les gouttes de Dieu me donnent envie de boire du bon vin, Yakitate!! ja-pan de m'acheter une machine à pain, et là, si je m'écoutais, je me mettrai bien à l'aïkido, à sa philosophie de vie ("Les ennemis, les amis, on se les fait soi-même''), à son esthétique et à la sérénité qui semble s'en dégager. Il faut dire que les dessins de Taketomi Tomo sont plutôt soignés, les rapports entre les personnages complexes, les situations réalistes. Contrairement aux apparences (couverture avec jeune garçon, série sur le sport...), nous sommes bien dans la catégorie seinen, et la maison d'édition ne s'y est pas trompée en classant ce manga dans sa collection ado-adulte "Big Kana", celle du fameux Monster de Naoki Urasawa. En effet, le périple d'Umeo n'a rien de simple et sa détresse est bien réelle, surtout sa peur de ressembler à son frère et son père, de ne pas réussir à échapper à sa propre violence. Or accepter cette part d'ombre ne veut pas forcément dire la faire disparaitre et devenir plus fort n'empêche pas d'avoir peur. Bref, un manga tout en nuances pour cœurs écorchés mais jamais totalement mauvais...

Evil heart de Taketomi Tomo
Ed. Kana, coll. "Big Kana", série terminée (2006-2008)
1) Ume
2) Tome 2
3) Livre du cœur
4) Livre du Ki

mardi 4 novembre 2008

La nuit je suis Buffy Summers

Après avoir enfin vu les 7 saisons de la série Buffy Contre les Vampires, je me suis enfin lancée dans "le livre dont on est le héros" imaginé par Chloé Delaume. Point de départ : le désormais célèbre hôpital Saint-Anne qui a déjà servi de décor à un cluedo détourné par la miss Delaume dans l'excellentissime Certainement pas.

Nous voilà dans la peau d'une jeune femme amnésique shootée au tranxène qui devra trouver un moyen de sauver sa peau et tant qu'à faire l'univers tout entier, en empêchant d'obscurs Néantisateurs de réveiller l'esprit de Zarathoustra... Les méchants sont le personnel hospitalier avec à sa tête miss Mildred et son étrange appétence pour les organes humains. Les gentils sont plutôt du côté des pyjamas bleus : W. et ses remarques décalées, X. et ses frustrations chroniques, Giles et ses lunettes toujours sales.

Histoire de désacraliser le livre (vivement la généralisation des liseuses !), Chloé Delaume nous conseille d'écrire sur celui-ci nos points de salubrité mentale et d'habitation corporelle, sans oublier les objets récupérés dans les placards ou les bibliothèques. Pour remplacer les dés et jouer où l'on veut, des combinaisons de chiffres sont dessinés sur chaque page. Il n'y a donc plus qu'à se lancer, accepter de mourir quelque fois (mais la mort est un cadeau, non ?) et ne pas louper son jet de dés lorsque X. décide de régler des années de fantasme inassouvi avec votre petite personne.

A l'arrivée, j'ai trouvé le voyage un peu court et trop parasité par la dénonciation de notre chère société qui réclame encore et toujours son quota de têtes bien vides. Était-ce vraiment l'espace approprié pour faire une petite piqure de rappel après
J'habite dans la télévision ? Si oui, il aurait fallu aller encore plus loin. Si non, "kill your darlings" comme disait Faulkner...

La nuit je suis Buffy Summers de Chloé Delaume
Ed. Ere, 2007

lundi 3 novembre 2008

Lacrimosa

Il est des livres qui sont franchement difficiles à critiquer, des livres dont on ne sait pas comment ils ont été écrits, avec quelle force, tripe, folie furieuse, pour se retrouver là, ovni inclassable sur notre table de chevet, qui ne sert pas ni a se divertir ni à s'évader, et que l'on ouvre avec autant de réticence que de curiosité.

Régis Jauffret fait partie de ces auteurs qui rentrent dans mon univers à couteaux tirés et touchent les points précis que j'essaie pourtant de cacher, ceux qui me rappellent trop vivement mes ambivalences et mon (in)humanité. Alors lorsque j'ai appris que son dernier roman tournait autour du suicide de son ancienne amie, j'y suis allée à reculons, attendant le bon moment pour ne pas trop y laisser.

L'histoire est d'autant plus sordide que ce n'est pas une histoire, que cette femme qui l'a doublement quitté n'a pas eu d'enfance horrible ou de cadavres dans le placard, juste son lot de deuils et de déroute, et puis la corde au cou. A partir de cette réalité, Régis Jauffret écrit, imagine, nuance, exagère. Quand il n'y a plus personne pour répondre, l'auteur est tout puissant. Il peut même faire de cette morte un personnage de fiction capable de s'insurger contre la narration à coup de lettres postées de l'au-delà. Mais l'on sent bien que le tour de passe passe est vain, qu'on ne réveille pas les morts aussi facilement pour leur demander pardon. Reste une langue poignante pour remplir le vide béant et ne pas s'abandonner à l'impuissance.

Lacrimosa de Régis Jauffret
Ed. Gallimard, coll. "Blanche", 2008

Dans la ville des veuves intrépides

Lorsque les guérilleros arrivèrent à Mariquita, un petit village perdu de Colombie, ils embarquèrent tous les hommes valides et tuèrent les plus récalcitrants. Il ne resta plus que les femmes, le prêtre et de jeunes enfants. Après quelque temps de franche anarchie, chacune se demandant à quoi bon continuer à vivre sans les hommes, et surtout comment, Rosalba, veuve du brigadier, se retrouve maire de Mariquita et décide de se battre pour la survie collective. S'occuper des champs, retaper les habitations, éduquer les enfants, honorer les morts, et surtout surtout trouver un moyen de procréation...

James Canon est né et a grandi en Colombie avant de s'installer aux États-Unis. Nourri de culture et de littérature sud-américaine, il nous offre un premier roman emprunt de d'énergie, de couleurs et de sauvagerie. Les femmes y ont le beau rôle, celui de préserver la vie tandis que les hommes font mumuse avec leurs armes à feux et leurs idéaux, sans penser aux conséquences. Or pour survivre, il vaut mieux s'entraider que se diviser, et Rosalba et les autres veuves tentent de mettre au point une société à tendance communiste dans laquelle chacune travaille pour le bien de tous, sans penser à son propre profit. Bien sûr cela ne se fera pas en un jour, certaines femmes partiront en quête d'un avenir meilleur, d'autres tenteront de mettre en place leurs propres visions des choses...

Grâce à ce conte féministe drôle et amer, James Canon réussit aussi bien à divertir qu'à dénoncer notre soif de pouvoir et d'individualisme, ce sentiment de supériorité qui pousse à se sentir supérieur, faire la guerre, rabaisser ceux de l'autre sexe, condamner les couples atypiques. Une grande réussite et un auteur à suivre de près.

Dans la ville des veuves intrépides de James Canon
Éd. Belfond, 2008
Prix du Premier Roman étranger 2008

vendredi 31 octobre 2008

La Cité des Jarres

A Reyjavik en Islande, un homme de 70 ans est retrouvé mort chez lui. L'inspecteur Erlendur, homme d'âge mûr à la vie privée franchement chaotique (femme partie avec un autre + fille droguée en mal de sous + douleurs récurrentes dans la poitrine) se voit confier l'enquête. Après avoir trouvé une incroyable quantité de fichiers porno et une ancienne plainte pour viol, Erlendur décide de s'offrir une petite immersion dans le passé de notre charmante victime...

Il faut un peu de temps pour rentrer dans ce polar, s'habituer à une écriture plutôt quelconque (style ou traduction rapide ?) et tenter de s'intéresser à cet inspecteur plus proche d'un Maigret soporifique que d'un insaisissable Adamsberg. Puis l'histoire prend peu à peu de l'ampleur et l'on se laisse entrainer dans cette quête des origines glauque à souhait, Indridason ne se lassant pas de nous murmurer froidement à l'oreille qu'on n'échappe pas à son passé. Et puis, entre le mauvais temps et les problèmes génétiques, on est quand même bien content de ne pas être né Islandais. Bref un roman d'investigation efficace et dépaysant.

La Cité des Jarres d'Arnaldur Indridason
Ed. Métailié, 2005
Glass Key award
du roman noir scandinave

jeudi 30 octobre 2008

Le Montespan

Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan, a épousé Françoise et vit désormais d'amour et d'eau fraiche avec sa belle, ses deux enfants et ses problèmes d'argent. Mais Louis XIV trouve aussi la dame à son goût et décide d'en faire sa favorite. Un bon moyen de régler les contingences matérielle de Louis-Henri, si ce dernier voulait bien attendre gentiment que le Roi-Soleil se lasse de sa nouvelle conquête. Le problème est qu'en bon gascon qui se respecte, Louis-Henri n'a pas du tout l'intention de se laisser faire...

Jean Teulé raconte l'incroyable combat de ce cocu injustement oublié par l'histoire, bien qu'il fut l'un des rares de son époque à s'opposer au roi. Les situations sont cocasses, les détails bien croustillants, et les expressions de l'époque plutôt savoureuses. En plus on apprend comment vivaient les gens à l'époque, leur peur de l'eau, leurs dents pourries, et l'on réalise rapidement à quel point les toilettes sont une invention de génie. Un bon divertissement.

Le Montespan de Jean Teulé
Ed. Julliard, 2008
Prix Maison de la Presse 2008

mercredi 29 octobre 2008

Mari et femme

Imaginez qu'après des années de vie commune à ne finalement plus pouvoir supporter l'autre, chaque petit travers devenu défaut insurmontable, vous décidiez d'un commun accord de vous séparer. Or le lendemain de la rupture, vous vous réveillez non pas dans votre corps, mais dans celui de votre conjoint...

Régis de Sa Moreira raconte cette histoire improbable au masculin, ou en tout cas ce qu'il en reste lorsqu'on se retrouve coincé dans le corps de sa femme. D'abord ce n'est physiquement pas facile car ce corps étranger s'étouffe à chaque bouffée de cigarette, rechigne devant les repas trop gras, sans parler des sous-vêtements, du maquillage, des règles et des regards concupiscents dans le métro. Mais vivre dans le corps de sa femme, c'est aussi voir son ancienne enveloppe devenue toute flasque avec le temps, entendre ses raclements de gorge de fumeur à la dérive et se demander pourquoi on en est arrivé là.

Régis de Sa Moreira se frotte à un sujet nourri de fantasmes et de préjugés et s'en sort franchement bien. On n'échappe bien sûr pas à quelques clichés (eh oui, mesdames, on a un bouton entre les jambes ; il suffit d'appuyer pour le déclencher...), mais l'ensemble sonne plutôt juste, que ce soit dans un registre léger ou plus complexe. En plus c'est bien écrit, à la deuxième personne, avec des phrases courtes et incisives qui s'enchainent avec rythme et dont il est difficile de décrocher. Un vrai plaisir de lecture.

Mari et femme de Régis de Sa Moreira
Ed. Au Diable Vauvert, 2008

mardi 28 octobre 2008

Ailleurs

Une femme quitte l'Australie avec ses deux enfants, une valise, un bras dans le plâtre et des ecchymoses sur le corps. Elle revient en France dans la propriété familiale après douze ans d'absence. Le même jour, son frère et sa femme rentrent de la maternité avec leur premier enfant, mort.

Ainsi commence un huis-clos familial sombre et suffocant, ponctué par le quotidien de ce bébé sans vie que la mère inconsolable s'évertue à nourrir, choyer et refuse d'enterrer. Face à cette pietà plus que dérangeante, personne ne dit rien, même pas les enfants, chacun tentant désespérément d'échapper à ses propres démons. Car tout le monde est en apnée, empêtré dans ses deuils et sa solitude, au bord de renoncer à remonter à la surface. Le roman est court mais il n'y a rien à ajouter ou à enlever, tous les mots sont pesés. L'écriture est particulièrement sobre, toute en ellipses et en dialogues lapidaires. Un monde tout en retenue pour une douche froide franchement réussie.

Ailleurs de Julia Leigh
Éd. Christian Bourgois, 2008

vendredi 24 octobre 2008

Peut-être une histoire d'amour

Virgile est un parisien trentenaire un brin névrosé qui habite dans un immeuble de passe en face de la gare du nord, car il n'a pas réussi à avouer à ses parents qu'il gagnait bien sa vie. Et comme il gère aussi bien ses histoires amoureuses que ses relations familiales, il a plutôt l'habitude des ruptures. Mais il ne s'attendait quand même pas à se faire quitter sur son répondeur par une femme qu'il ne connaît même pas...

Il faut bien l'avouer, Martin Page a souvent de bonnes idées. Ses personnages principaux sont toujours décalés et ses situations de départ plutôt originales. Dans Comment je suis devenu stupide, Antoine décide de devenir alcoolique avec méthode et documentation, afin de se sentir enfin appartenir à la société. Même s'il est bon sur la théorie, il échoue lamentablement sur la pratique, notre anti-héros ne tenant pas l'alcool ! Dans Une parfaite journée parfaite, un homme passe ses journées à se suicider de toutes les manières possibles (pendaison dans l'ascenseur surchargé, overdose de barbituriques, immolation, etc.) et reprend son train train quotidien comme si de rien n'était. Cependant l'imagination ne suffit pas à faire un bon roman, et Martin Page a du mal à construire son propos, tenir sur la longueur et surtout aller jusqu'au bout.

Cette fois encore, l'idée d'une histoire d'amour qui commencerait par une rupture avec une inconnue éveille franchement la curiosité, et l'on se demande avec impatience où l'auteur va nous mener. Mais l'on ne va pas bien loin, juste à la surface et on lutte même un peu pour ne pas fermer le roman avant la dernière page. Or comme d'habitude il n'y a pas de fin, juste quelques potentialités esquissées, jamais développées. On pourra me répliquer que l'important c'est justement l'horizon des possibles, sentir que l'on peut tout changer, se sentir vivant. Si Martin Page avait du style, je serai d'accord, mais ce n'est pas le cas. A l'arrivée, j'ai malheureusement l'impression d'avoir lu de la "chicken litterature" pour trentenaire intello-bobo-urbain.

Peut-être une histoire d'amour de Martin Page
Ed. de l'Olivier, 2008

mercredi 22 octobre 2008

Noir de lune

Lorsqu'Helen a compris que sa mère devenue sénile devait être placée dans une structure spécialisée, elle a fait ce qui lui a semblé le plus logique : la tuer. Elle l'a asphyxiée avec une serviette de toilette, lavée à l'éponge, mise au congélateur par peur de la putréfaction et appelé Jake, son ancien mari, le seul à pouvoir entendre, comprendre. Mais que dire aux autres, à ses filles, à sa meilleure amie et surtout à la police ?

Alice Sebold nous plonge sans retenue dans la tête d'Helen, dans son corps douloureux depuis que ses mains ont tenu si fort le linge que le nez de sa mère a cassé. Geste monstrueux ponctuant une histoire familiale tout aussi intolérable, dont des fragments ne cessent de remonter à la surface à mesure que les heures défilent. Les circonstances sont bien évidemment atténuantes : la mère est franchement dérangée, incapable de sortir de chez elle même pour aider quelqu'un, le père est anéanti par la situation, condamné à fantasmer une vie de famille qu'il ne connaitra jamais... Helen fleurte quant à elle avec les limites, et l'on finit par se dire que ses actes et ses pensées sous tout aussi censés qu'incensés, que la morale est loin d'être figée.

Un roman à découvrir si l'on n'a pas peur de se laisser entrainer sur un chemin obscur qui met parfois mal à l'aise.

Noir de lune de Alice Sebold
Ed. Nil, 2008

lundi 6 octobre 2008

Le magasin des suicides

Imaginez un magasin dédié aux suicides sous toutes ses formes, du traditionnel poison au kit kimono + sabre, en passant par une bonne vieille corde avec nœud coulant. Dans la famille Tuvache, on vend la mort depuis des générations et chacun s'applique à sa manière à rester aussi froid et distant que possible. Alors quand le petit dernier se met à sourire aux clients et à les détourner de leur spleen, le reste de la famille commence à sérieusement s'inquiéter.

Voilà un petit roman plein d'humour, si l'on apprécie le cynisme et le deuxième degré. La progression de la joie de vivre, véritable virus meurtrier dans la vie des Tuvache, est plutôt bien menée, surtout la dépression du père qui, ne supportant plus tous ces changements, décide d'en finir grâce à son fameux kit hara-kiri. La fin est malheureusement décevante, avec un cliffhanger digne d'une mauvaise série b. Dommage.

Le magasin des suicides de Jean Teulé
Ed. Julliard, 2007

Elias Portolu

Retour aux classiques avec la découverte de Grazia Deledda, l'auteure sarde avec un grand A depuis qu'elle a reçu le prix Nobel de littérature en 1926.

Elias Portolu, 23 ans, vient juste de sortir de prison lorsqu'il tombe amoureux de Maddalena, la fiancée de son frère. Par peur de succomber à la tentation, Elias préfère vivre à la dure dans les champs plutôt que de rester auprès de sa future belle-sœur qui semble elle aussi attirée par lui. La veille du mariage, Elias décide d'aller parler à son frère avant qu'il ne soit trop tard, mais la fièvre et la fatigue ont raison de son corps...

Nous voilà donc plongés dans une famille et une région où la morale et les coutumes sont au cœur des rapports humains. Les prêtres sont respectés et le mariage encore sacré. Comment dès lors supporter de se sentir attirer par le mal ? Et puis quand commence véritablement le mal : ne devrait-on pas condamner Maddalena pour ce mariage sans amour, ou Elias pour n'avoir pas su l'empêcher ? Lorsqu'il s'agit de conscience, Grazia Deledda nous montre qu'il est impossible de se satisfaire de la traditionnelle opposition du bien contre le mal, et que le fait de ne pas assumer ses péchés conduit parfois au pire.
Un roman aussi sombre qu'implacable qui décrit avec justesse les combats intérieurs d'âmes errant sur des chemins sans rédemption.

Elias Portolu de Grazia Deledda
Éd. Autrement, coll. "Littératures", écrit en 1903
Prix Nobel de littérature en 1926

mercredi 6 août 2008

Série noire sur le Chérie Noire

Philémon Frigo est un auteur en manque d'argent, d'inspiration et de femme. Seule sa mère et sa secrétaire particulière sont en contact avec lui. Il lui reste malgré tout son chien et son bateau, le "Chérie Noire" baptisé ainsi en hommage à la fameuse collection "Série Noire" de Gallimard. Mis sous pression par son éditeur, Philémon décide d'écrire une biographie romancée d'un auteur en vogue dont il dit être le confident, alors qu'il ne l'a rencontré qu'une petite demi-heure dans sa vie. Il a beau s'y mettre tous les jours, les idées et les bons mots ne cessent de lui échapper, comme lui fait durement comprendre sa secrétaire...

On a beau sentir les tentatives d'humour et de dérision de Jean-Paul Nozière, ceux-ci tombent trop souvent à plat. Et comme l'histoire est elle-même plutôt monotone et le style "série B" un peu lourd, le livre finit par tomber des mains.

Série noire sur le Chérie Noire de Jean-Paul Nozière
Ed. Thierry Magnier, 2001

Un lieu incertain

Ça y est, j'ai lu le dernier Fred Vargas, Un lieu incertain ou la suite des aventures d'Adamsberg et de toute sa clique. On retrouve d'ailleurs chaque personnage avec plaisir : la redoutable Retancourt qui dort debout et court comme personne d'autre ; Danglard, l'encyclopédie vivante, nourri au vin blanc, à l'ultra-rationalisme et aux enfants des autres ; le chat surnommé la Boule avachi toute la journée sur l'imprimante mais capable de trottiner des kilomètres pour retrouver sa maîtresse ; bien sûr Adamsberg toujours aussi lunaire, la tête pleine de trous d'air et de petites fulgurances, la vie amoureuse en courbes et pointillés.

Dans ce dernier opus (dont je ne dirai évidemment rien sur le contenu si ce n'est que les meurtres sont plus sanglants que d'habitude), Fred Vargas arrive parfaitement à mener une bonne intrigue principale (ce qui n'était pas franchement le cas de
Dans les bois éternels) tout en faisant avancer les intrigues secondaires entre les différents membres de la brigade. D'où l'importance de lire les romans dans l'ordre sinon on s'ampute de toutes ces situations et ces petits détails qui donnent sa couleur et son charme à l'univers véritablement atypique de Fred Vargas.

Un lieu incertain de Fred Vargas
Ed. Viviane Hamy, coll. "Chemins Nocturnes", 2008

samedi 2 août 2008

L'élégance du hérisson

Renée, 54 ans, est concierge dans un bel immeuble rue de Grenelle. Vieille, seule, mal habillée, avec son chien Léon et sa télé tout le temps allumée, Renée respecte parfaitement les codes de son métier. Mais comme tout le monde, Renée a ses petits secrets : elle est passionnée de littérature russe et de films japonais. Monsieur Ozu, homme richissime et nouvel arrivant dans l'immeuble, ne se laisse pas prendre au double jeu de la concierge et décide même de l'inviter à dîner. Pendant ce temps, Paloma, une jeune fille surdouée de douze ans vivant elle aussi dans l'immeuble, s'est beaucoup rapprochée de Renée et ne se laisse plus duper par les ruses de la concierge...

D'abord passé inaperçu à sa sortie, ce roman a tranquillement gagné en popularité grâce au bouche à oreille, puis est devenu une des meilleures ventes de ces dernières années. Avec une telle côte de popularité et de très bonnes critiques, difficile de ne pas attendre beaucoup de ce livre et d'éviter d'être un peu déçu. Pourtant l'histoire est bien construite, les personnages attachants, les situations tristement drôles. La relation entre Renée et Paloma est vraiment réussie, chacune s'apprivoisant peu à peu avant de s'ouvrir à l'autre et de laisser tomber les masques. Mais l'auteure fait aussi beaucoup de digressions philosophiques un peu faciles qui viennent alourdir l'histoire sans pour autant lui apporter grand chose. Le style est par ailleurs sophistiqué sans être pour autant original, et l'on se dit qu'au jeu des apparences, si une concierge n'est pas forcément ce que l'on croit (notre vieux proverbe d'habit et de moine...), une écrivain normalienne écrit en revanche comme on s'y attend, avec application, méthode, mais sans génie. Bref un roman qui sait comment toucher son public, mais qui manque franchement d'humilité.

L'élégance du hérisson de Muriel Barbery
Ed. Gallimard, coll. "Blanche", 2006

De Cape et de Crocs

Venise au XVIIe siècle. Armand Raynal de Maupertuis est un renard français qui manie aussi bien les mots que l'épée. Don Lope de Villalobos y Sangrin est quant à lui un loup espagnol fier et sanguin, aussi fine lame et beau parleur que son compagnon. Renvoyés de la cour du roi de France, tous deux cherchent l'amour, l'aventure et un nouveau moyen de finance. Or ils découvrent par hasard, à bord d'un vaisseau turc amarré au port, une carte au trésor, celui des îles Tangerines...

Voilà une série BD qui plaira tout particulièrement aux amoureux de littérature classique (La Fontaine, Racine, Molière, Cyrano de Bergerac...) férus d'alexandrins, de théâtre tragi-comique et de grandes envolées. Les références sont nombreuses, les personnages excentriques et les dialogues aussi absurdes que poétiques. Le tout crée un univers drôle et décalé, dans lequel chaque personnage campe son brin d'excentricité avec le plus grand sérieux. Le dessin n'est quant à lui pas en reste, avec un luxe de détails et des couleurs chaudes très réussies. Espérons quand même que la série se termine assez vite pour éviter de s'essouffler et de finir par lasser.

De Cape et de Crocs de Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou
Éd. Delcourt, coll. "Terre de Légende"
8 tomes parus depuis 1995

mercredi 30 juillet 2008

Bangkok-Belleville

Retour du flic parisien Pierre Dragon dans une nouvelle enquête sur les filières d'immigration clandestine, de quoi fêter joyeusement les fêtes de fin d'année, surtout lorsqu'on est seul ou en planque avec des collègues tout aussi déprimés...

Avec ce second tome, Pierre Dragon et Frederick Peeters nous entrainent une fois de plus dans les dessous de notre chère capitale, même si l'enquête principale sert surtout à mettre en avant les questions et les doutes des policiers, leur isolement et leurs conditions de travail. Un tome un peu moins entrainant que le précédent, mais qui joue parfaitement la carte psychologique. Le récit est par ailleurs plutôt réaliste, plein de détails et d'anecdotes bien amenées. Bref, on y croit. Comme quoi ça sert d'avoir un ex-flic pour scénariste.

RG de Pierre Dragon et Frederik Peeters
T2 : "Bangkok-Belleville"
Ed. Gallimard, coll. "Bayou", 2008

Walking dead

Pour continuer dans les histoires de fin du monde, mais version BD, Walking dead vaut le détour. Une étrange épidémie a frappé la planète ; les gens ne meurent plus mais se transforment en zombies dont le seul but et de mordre ou de manger de nouvelles personnes devenant à leur tour des mort-vivants...

On l'aura compris, l'histoire est ultra connue mais le traitement plutôt réussi. On suit le périple de quelques survivants, hommes, femmes, enfants, qui se rencontrent et s'entraident pour survivre le plus longtemps (en tout cas ils essaient) et le mieux possible. Or comme d'habitude, le danger vient plus souvent de l'intérieur que de l'extérieur, chaque survivant étant en proie à ses propres démons et à des sentiments poussés à l'extrême. Et après tout l'intérêt d'une bonne fin du monde (en littérature...), c'est encore et toujours son rapport à soi, au monde, aux autres, à la vie comme à la mort, sa morale, sa foi, ses limites. De quoi mettre à dure épreuve les notions de bien et de mal qui deviennent d'ailleurs de plus en plus floues au fil des tomes. Le dessin en noir et blanc est quant à lui plutôt riche en détails, et traduit bien les émotions des personnages. Une série à suivre.

Walking dead de Robert Kirkman et Charlie Adlard
Ed. Delcourt, coll. "Contrebande"
6 tomes parus depuis 2005

Les intermittences de la mort

Et si la Mort responsable du pays dans lequel on vit (car chaque lieu a une mort attitrée) faisait une pause pendant quelque temps, que se passerait-il pour les pompes funèbres, les sociétés d'assurance, les hôpitaux ou les maisons de retraite, les religieux, les familles sans mort à pleurer mais avec des corps en souffrance à gérer, laver, soulager comme on peut ? Car l'immortalité n'a rien à voir avec l'éternelle jeunesse mais plutôt avec la dégénérescence sans fin, ce qui entraine certains à conduire leurs proches jusqu'à la frontière histoire d'abréger leurs souffrances, faisant finalement de cette mort que l'on redoute tant une véritable source de salut...

José Saramago, le prix nobel portugais, se propose de réfléchir à toutes ces questions avec autant de sérieux que d'humour, faisant de cette douce utopie d'une vie sans mort un véritable cauchemar capable de mettre à mal famille, société, religion et morale. Mais au lieu de pousser son raisonnement jusqu'au bout, l'auteur change de direction au cours du roman en réintroduisant la Mort devenue un personnage à part entière doté de conscience et même de sentiment. Le livre perd alors de sa densité, la verve et la finesse du départ laissant la place à de longues digressions pas toujours heureuses. Dommage.

Les intermittences de la mort de José Saramago
Ed. du Seuil, 2008

mercredi 9 juillet 2008

Les larmes de l'assassin

La famille Poloverdo vit dans un coin reculé du Chili, où la nature est hostile et la terre si dure qu'il est bien difficile d'y cultiver quoi que ce soit. Les visites sont rares et jamais anodines : quelques marchands, géologues ou poètes font le déplacement, jusqu'au jour où Angel Allegria décide de visiter la ferme et même de s'y installer. Pour avoir la paix, il tue le père puis la mère, mais lorsque le jeune Paolo rentre chez lui, il hésite, n'ayant jamais tué d'enfant avant. Et puis il a besoin de quelqu'un pour faire la soupe et aller chercher l'eau. Et après tout, pourquoi ne pas vivre tranquillement avec l'enfant ?

L'homme est-il vraiment capable de changer ? Est-il capable de se racheter quels que soient ses péchés ? Peut-on aimer l'assassin de ses parents ? Rien n'est simple dans ce roman pour la jeunesse qui traite avec beaucoup de finesse des relations complexes où l'amour est certes teinté de sang, mais devient finalement le moteur d'une véritable métamorphose, celle d'un tueur et d'un enfant en quête de sens et d'un peu de tendresse. Une belle réussite.

Les larmes de l'assassin d'Anne-Laure Bondoux

Éd. Bayard, coll. "Millézime", 2003
Prix sorcière, prix France-Télévisions

vendredi 4 juillet 2008

La prophétie des oiseaux

Une lectrice que j'aime bien m'a conseillé de lire La prophétie des oiseaux, sauf que ce n'est franchement pas facile de passer après La route de Cormac McCarthy, surtout lorsque le nouveau livre n'est pas terrible. Dans un autre contexte, j'aurais peut-être trouvé un plus grand intérêt à l'histoire, pardonné le style niais et fade, la pauvreté des descriptions et l'aspect conventionnel des personnages...

Bref, la seule bonne chose dans ce livre est son point de départ, et, espérons-le, une petite prise de conscience écologique dans la tête de nos chers ados.

En effet, le climat se réchauffe, le niveau des océans monte et met en péril l'avenir de quelques continents comme l'Europe. Seuls les Etats-Unis ont pris la menace écologique au sérieux en faisant construire une immense digue sur leurs côtes. Flavia, la petite fille d'Anatole, un guetteur chargé d'étudier la montée des eaux et la migration des oiseaux, vit en France sur la côte atlantique. Cela fait longtemps que la région est à l'abandon et l'océan menace désormais de passer par-dessus la dune, la dernière frontière naturelle entre l'eau et les habitations. Inquiet pour l'avenir de la France et pour celui de sa petite fille, Anatole se débrouille pour que Flavia embarque sur un voilier en direction des États-Unis. Or le pays vient juste de fermer ses frontières aux étrangers...

Océania de Hélène Montardre
Éd. Rageot, 2007
Tome 1 de La trilogie : "La prophétie des oiseaux"

mardi 1 juillet 2008

La route

Imaginez que le monde soit mort après une sorte de gigantesque incendie, qu'il n'y ait plus de faune ou de flore, juste des cendres, des cadavres et des déchets, et puis quelques humains errant dans ces décombres à la recherche de quelque chose à manger, de quelques chose à espérer.
Nous sommes donc au début de l'hiver aux États-Unis ou du moins ce qu'il en reste. Un père et son jeune fils avancent sur la route en direction du sud, avec pour seuls trésors un vieux caddie, quelques couvertures et un révolver avec deux ou trois balles. La mère n'est plus là, elle a renoncé depuis quelques années déjà, et le père et l'enfant n'ont pas l'énergie pour la regretter. Ils pensent parfois à la rejoindre, pourtant ils continuent, comme si cette décision ne leur appartenait pas, attendant qu'il n'y ait plus rien à manger ou à boire, plus d'endroit où aller pour s'arrêter enfin...

Difficile de parler d'un livre comme celui-là, aussi dur et implacable, constitué de petits instants de vie racontés sans concession ni humour pour faire passer la pilule. La fin du monde a eu lieu mais certains ne sont pas morts. Que reste-t-il à faire dans un tel chaos, à quoi bon continuer à respirer des cendres avec un masque sur la tête, comment ne pas s'en prendre à Dieu... Cormac McCarthy nous propose de suivre le combat au quotidien d'un père et de son fils pour rester en vie, les questions qu'ils se posent, leurs moments de doute, lorsque la pulsion de mort devient plus forte que celle de vie, et la difficulté de continuer en restant du côté des gentils. Car il y a d'autres survivants dans ce monde de cendres, des gens capables de tout et surtout du pire. Le père serait lui aussi capable de tout pour défendre son fils, mais ce dernier ne le laisse pas faire, préférant mourir que de perdre son humanité, tel un ange rachitique et blafard au milieu des décombres... Sublime.

La route de Cormac McCarthy
Ed. de l'Olivier, 2008
Prix Pulitzer 2007

samedi 28 juin 2008

Les cœurs solitaires

Jean-Claude, célibataire résigné, travaille avec sa mère dans l'entreprise familiale de jouets. Sa vie est rythmée par les coups de fil et les messages de cette dernière, ne laissant de place pour pas grand chose d'autre, si ce n'est le droit de fantasmer sur la jolie blonde qu'il croise à chaque fois qu'il fait son jogging. Le jour où il doit encore une fois jouer le rôle du gentil fifils à sa maman lors d'une fête commémorative en l'honneur de son père, il embarque en cachette pour une croisière de célibataires : "Les cœurs solitaires".

Voici donc la première BD solo de Cyril Pedrosa, avant Les trois ombres, mais dans laquelle on retrouve déjà ses dessins tout en courbes et en atmosphère. Dès l'instant où Jean-Claude fugue, il est pris dans un tourbillon d'images et de sensations, toujours aussi seul, mais au moins en mouvement, un peu moins rigide et un peu plus lui-même. Les personnages secondaires sont eux aussi intéressants, un brin caricaturaux mais pour mieux montrer leurs fissures une fois que le masque social est tombé. A l'arrivée, Les cœurs solitaires est une BD sans prétention qui fonctionne plutôt bien et qui donne envie de partir au soleil plutôt que de passer les prochaines vacances en famille...

Les cœurs solitaires de Cyril Pedrosa
Ed. Dupuis, coll. "Expresso", 2006

Des fleurs pour Algernon

Algernon est une souris de labo dont l'intelligence a été décuplé grâce aux recherches du professeur Nemur et de Docteur Strauss. Fort de leur succès, ils décident de tester leur découverte sur Charlie Gordon, un simple d'esprit sachant à peine écrire et employé comme homme à tout faire dans une boulangerie. Après l'opération, Charlie se prête à une série de tests psychologiques pour voir s'il devient plus "un téligent" comme il dit, et doit écrire des compte-rendus de ses journées et de ses pensées, des compte-rendus qui deviennent mieux écrits et plus complexes au fil des jours et des semaines...

Voilà un livre qui a plus de 50 ans même s'il n'a pas pris une ride, et qui mérite franchement son succès. Le personnage de Charlie Gordon est touchant, vibrant d'humanité qu'il soit un gros lourdot capable d'aller chercher midi à quatorze heures si on le lui demande, ou d'apprendre une langue étrangère en quelques jours comme si de rien n'était.
L'écriture est parfaitement maîtrisée, traduisant concrètement l'évolution de Charlie : les fautes d'orthographe qui disparaissent, la ponctuation qui débarque, les phrases qui s'allongent et qui nous rappellent toutes les étapes par lesquelles on passe pour réussir enfin à s'exprimer. Par ailleurs, le livre pose des questions fondamentales sur l'intelligence et le rapport aux autres, en nous rappelant que "connaissance" et "bonheur" ne sont pas toujours complémentaires (eh oui, le paradis perdu, tout ça), et que "heureux les simples d'esprit" est tout aussi réducteur ! Bref, un livre qui ne laisse ni indemne ni indifférent et qui peut même rendre un peu plus tolérant.

Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes
Éd. J'ai Lu, 1956
Prix Hugo 1960, Prix Nebula 1966

mardi 24 juin 2008

La fantôme

Marion passe ses journées dans le même café, à discuter plus ou moins vertement avec le tenancier et les habitués. Elle est aveugle et refuse d'affronter le monde, préférant rester bien au chaud dans ce petit îlot à écouter les formidables aventures d'André, son héros. Mais lorsqu'elle apprend que ce dernier ne raconte pas toujours la vérité, son univers se fissure...

Une première BD qui n'a pas su s'émanciper de ses influences, à savoir Baudoin et Frederik Peeters, pour trouver son style et son univers. L'histoire est intéressante, la fin bien gérée, il ne manque plus qu'à acquérir un peu plus de maturité et d'originalité.

La fantôme d'Eddy Vaccaro et Guillaume Pervieux
Éd. La Boîte à Bulles, coll. "Contre-jour", 2005
Préface de Baudoin

les olives noires

Jérusalem au début du premier millénaire. Gamaliel et son père sont juifs. Ils se rendent dans la ville sainte pour honorer la mort de sa mère et sacrifier un bouc. Une fois arrivée devant le temple, un prêtre refuse l'accès au bouc, prétextant que les offrandes doivent être achetées au marchand du temple. Le prêtre ne voulant rien entendre, Gagamiel finit par répondre avec les mains et se retrouve séparé de son fils....

Joann Sfar nous livre ses réflexions sur la Thora et la religion en général à coup de personnages plus ou moins extrémistes et déjantés, le tout sur fond historique. On suit ainsi le périple de Gagamiel pour retrouver son père. Sa naïveté d'enfant alliée à une grande connaissance de la religion créent des situations forcément improbables, mais souvent drôles et réflexives. Bon, ça ne vaut pas Le Chat du rabbin, plus caustique et moins sombre, mais les personnages sont tout autant attachants; En plus, les dessins d'Emmanuel Guibert fonctionnent parfaitement avec l'univers de Sfar, sobre et chaleureux. Une série à suivre.

Les olives noires de Joann Sfar et Emmanuel Guibert
Ed. Dupuis, coll. "Repérages", depuis 2001
1) Pourquoi cette nuit est-elle différente des autres nuits ?
2) Adam Harishon
3) Tu ne mangeras pas le chevreau dans le lait de sa mère

Solea

Fabio Montale va mal. Lole l'a quitté, comme les autres avant elle, sûrement comme les autres à venir. Pendant ce temps, la mafia cherche à mettre la main sur Babette, une journaliste ancienne amante et amie de Fabio que l'on a déjà croisé dans le tome précédent. Quand la mafia apprend le lien entre eux deux, elle s'en sert pour faire pression sur Fabio. Tant qu'il n'aura pas retrouvé la journaliste, un tueur s'en prendra à tous les gens qu'il aime. Au bout du deuxième mort, Fabio craque et demande à Babette de renoncer à ses recherches...

Dernier volet de cette trilogie marseillaise, Solea n'est pas pour autant le bouquet final auquel on aurait pu s'attendre. L'histoire peine à avancer et Fabio Montale est de moins en moins touchant, trop déprimé, frustré, égocentrique. Il faut dire pour sa défense que l'univers dans lequel il vit est désormais implacable : les méchants gagnent et les gentils meurent un peu chaque jour, condamnés à errer sans amour et sans espoir. Or pour décrire cette réalité crasse, Jean-Claude Izzo s'est largement inspiré de faits divers et de véritables travaux de journalistes. Bref, un tome que l'on quitte avec plaisir afin de se ressourcer ailleurs, là où l'herbe est plus verte et le soleil moins tenace. Avec tout de même l'envie d'aller faire un petit tour à Marseille, histoire de manger une fois ou deux face à la mer, en sirotant une bonne bouteille de vin !

Solea de Jean-Claude Izzo
Ed. Gallimard, coll. "Folio policier"

vendredi 20 juin 2008

Candy life

Décidément Makoto n'a pas de chance : son ex lui vole son argent, son patron la licencie et elle se retrouve ivre morte au fond d'une rivière... jusqu'à ce qu'un beau prince charmant vienne la sauver. Bon, il est quand même un peu âgé (39 ans !) mais riche à souhait et désire l'épouser comme ça, sur un coup de tête. Enfin dans quelques mois, le temps qu'elle apprenne à être une vraie lady, ce qui n'est pas franchement gagné, surtout lorsqu'elle apprend qu'elle est le sosie de l'ex-femme de son si gentil prince charmant, et que cette dernière s'est suicidée. Prise de panique, elle fugue et se retrouve ivre morte (encore...) mais dans les bras d'un autre, le fils de son futur mari.

Une femme devant choisir entre un homme séduisant et riche, et un jeune paumé fougueux et attachant. C'est sûr, ce n'est pas bien original dans la bibliographie de Yayoi Ogawa (Kimi wa pet) surtout lorsque les personnages ont les mêmes traits et les mêmes attitudes ! Mais la mangaka ne s'en cache pas, faisant même un lien entre Candy life et les aventures de Sumiré. Il n'est bien sûr pas question de comparer un one-shot avec une série de 14 volumes, juste de s'offrir une petite piqure de rappel, histoire de se rappeler qu'un manga, ça peut être aussi un peu déjanté, avec une héroïne qui travaille dans un vidéo club porno et couche le premier soir (plusieurs fois s'il vous plait) plutôt qu'au bout d'une quinzaine de tomes. Bon, la chute est un peu rapide et le dessin moins soigné que celui de Kimi wa pet, mais ce type de manga est trop rare pour qu'on le boude pour si peu !

Candy life de Yayoi Ogawa
Ed. Kurokawa, 2006 pour la France (2000 au Japon)

Lupus, suite et fin

Je viens de lire les deux derniers tomes de Lupus et j'avoue être un peu déroutée par le final, ni contente ni déçue, juste étonnée et pleine de questions du style "Et si Lupus avait fait si", "Et si Sanaa avait dit ça"... Et puis finalement je me dis que cela ne fait pas de mal d'imaginer d'autres points d'arrivées, que c'est même le signe que Peeters a bien travaillé, car ses personnages sont bien vivants, et même forcés de subir les chemins sinueux de notre imagination. Les dessins sont toujours hypnotisant et la nature aussi obstinée qu'exubérante, prête à naitre et renaitre partout, même dans une station spatiale désaffectée !

Et puis maintenant que j'ai lu les quatre volumes, je savoure d'autant plus le détail de chaque couverture qui forment à elles seules une histoire, celle de Lupus qui regarde vers l'avenir et qui finit par bien vieillir, ce qui n'était pas forcément gagné.

Lupus de Frederic Peeters
Ed. Atrabile, col. "Bile Blanche"
Série en 4 volumes, 2003-2006

mercredi 18 juin 2008

Bienvenue à Jobourg

Un jeune homme français, la trentaine, part à Johannesbourg pour travailler dans une imprimerie. Dès qu'il arrive, il est pris de panique face à la violence environnante, et pense à faire machine arrière. Mais c'est sans compter les problèmes d'argent, les rencontres et l'énergie électrique qui émane de la ville...

Voilà une BD que l'on lit en 15 min chrono (sans se presser) et que l'on oublie aussitôt. Pourtant le sujet est dense : les rapports humains entre les différentes communautés, les codes sociaux, la criminalité... Mais Pascal Rabaté a plutôt choisi de croquer sur le vif, sans chercher à aller plus loin, et sans réussir à ce que ces instants choisis soient suffisants. Bref, une BD un peu fade qui n'a pas su capter l'énergie de la ville ce qui est franchement décevant de la part d'un auteur aussi sensible et pertinent.

Bienvenue à Jobourg de Pascal Rabaté
Éd. du Seuil, 2003

mardi 17 juin 2008

Les gouttes de dieu

On avait dèjà Sommelier, un manga sur le vin franchement insupportable où un super-héros qui connait forcément tout sur le vin fait tomber sur sa route les pseudo-intrigues et les femmes, avec autant de subtilité qu'un bon pack la Villageoise. Mais il faut croire que la thématique du vin plait vraiment au japonais, car voici désormais Les gouttes de Dieu, une nouvelle série fraichement débarquée en France et franchement plus inspirante.

Lorsque le célèbre œnologue Yukata Kanzaki décède, son fils unique, Shizuku, a droit à une belle surprise. Une semaine avant sa mort, son père a adopté un autre "fils", l'un des meilleurs œnologues de la nouvelle génération. Les deux jeunes hommes devront résoudre 12 énigmes concernant 12 vins et découvrir un treizième vin surnommé "les gouttes de Dieu" pour s'emparer de l'héritage : de prestigieuses bouteilles. Cependant Shizuku s'est toujours refusé à boire du vin et travaille dans la bière. Son goût et son palais ont pourtant été entrainé par son père jusqu'à l'écœurement, mais cela suffira-t-il pour battre son rival ?

Comme tout manga sur une thématique particulière, les parties didactiques sont toujours un peu redondantes, soit trop basiques, soit trop pointu. Par ailleurs les personnages sont vriament trop caricaturaux : Shizuku, le gentil garçon au grand cœur, prêt à tout pour défendre la veuve et l'orphelin, contre son rival, manipulateur, séducteur et égoïste (en plus il utilise du vin lors de ses débats sexuels en le comparant à du sang ! si c'est pas le summum du dark...). Ces petits détails dépassés, et heureusement, on arrive, l'histoire se laisse plutôt suivre, avec son lot de rebondissements et ses dessins classiques. J'ai quand même peur que le manga lasse à la longue, qu'il soit trop répétitif, à moins que les auteurs optent pour une série courte, mais comme il y a déjà 14 tomes de parus au Japon, ce n'est pas bien parti !

Les gouttes de Dieu de Tadashi Agi et Shu Okimoto
Ed. Glénat, 2 tomes parus en France

Chourmo

Retour des aventures de Fabio Montale, désormais ex-flic, mais pas pour autant sorti des intrigues et des réflexions philosophiques qui vont avec. Il faut dire qu'après les amis, c'est au tour de la famille de l'entrainer dans les emmerdes. Guitou, son neveu de 16 ans, déniaisé en cachette par sa petite amie arabe (d'où la fugue improvisée pour l'occasion), se retrouve malgré lui en caleçon, au milieu d'un règlement de comptes... Sa mère débarque à Marseille et demande de l'aide à son cousin pour retrouver son fugueur de fils. Fabio ne tarde pas à apprendre la mort de ce dernier. Reste à trouver pourquoi et par qui et surtout à l'annoncer à ses proches...

Une nouvelle aventure au cœur de Marseille, dans les réseaux extrémistes et les magouilles mafieuses, avec son lot d'innocents sacrifiés, de flics pourris, de haines raciales et d'argent sale. "Chourmo", c'est d'ailleurs l'esprit de la chiourme, des forçats embarqués sur les galères, et les galères sont plutôt nombreuses dans ce joyeux folklore marseillais que nous dépend avec brio Jean-Claude Izzo. On retrouve heureusement Fabio Montale avec plaisir, avec ses histoires d'amour ratées, son suicide quotidien au pastis, sa terrasse sur la mer et les bons plats d'Honorine. Un reproche quand même : savoir dès le début que Guitou est mort ne laisse pas vraiment la place au suspense.

Chourmo de Jean-Claude Izzo
Ed. Gallimard, coll. "Folio", 1996

samedi 14 juin 2008

La huitième porte

Huit ans après avoir vaincu Onjü (le cœur de l'Autre, une entité maléfique qui veut détruire le monde, comme toute entité maléfique qui se respecte !!!), Nathan et Shaé mènent une vie paisible avec leur fils, Elio, dans un petit village du Haut-Atlas. Pourtant la domination d'Eqkter (l'âme de l'Autre, la dernière partie à détruire pour sauver le monde !) est tous les jours plus forte, car ce dernier a peu à peu pris le pouvoir dans chaque pays, à coup de promesses et de propagande, avec un seul mot d'ordre : surveillance. Dans ces conditions, on comprend pourquoi Eqkter a retrouvé la trace de Nathan et Shaé, envoyé sur eux une escouade de monstres, et finalement réussi à séparer Elio de ses parents. Ce dernier se cache dans la maison de l'ailleurs, sans trop comprendre ce qui lui arrive. Bref, il aurait bien besoin d'un guide...

Le tome 1 était léger, le tome 2 écœurant de bons sentiments, le tome 3 quand même un peu plus digeste. Bottero a fini de surfer sur la vague écolo pour partir sur un récit d'anticipation plutôt classique, mais qui tient la route. Malgré tout, on est bien loin de la puissance de création qui a fait le succès d'Ewilan, et l'on se retrouve avec une trilogie grossière, écrite à la va-vite, avec des personnages secondaires frôlant le grotesque, de la psychologie ras-des-pâquerettes, et un suspense quasi nul. Quant à l'épilogue, l'allusion au Polimage, une petite fille aux yeux violets et au papa noir, c'est du grand n'importe quoi. J'espère qu'il ne s'agit que d'un clin d'œil et que Bottero ne va pas nous concocter une suite en mêlant tous ses livres...
Bref, une grosse déception ! Heureusement, il nous reste Ewilan et Ellana pour rêver encore un peu et lui pardonner le reste.

La huitième porte de Pierre Bottero
(3e tome de la trilogie "L'Autre")
Ed. Rageot, 2008

Le tueur

Que peut-il bien se passer dans la tête d'un tueur ? Voilà une question épineuse mais sacrément intrigante à laquelle s'est frotté le scénariste Matz. Nous voilà donc dans la tête d'un pro, froid méticuleux, et consciencieux, qui nous raconte sa vie et sa vision du monde à coup de voix-off et de flash-back. Il se voit comme un crocodile, une espèce d'un autre temps qui doit être capable de tout pour survivre à la folie des hommes. Et après tout, il y a quand même des gens qui méritent de mourir ! Mais notre tueur n'est pas pour autant un justicier. Il fait juste ce qu'il a à faire en se disant que les innocents ne le sont parfois pas toujours. Les questions morales résolues, la vie du tueur est finalement plutôt tranquille, jusqu'au jour où il devient à son tour une proie...

Cette série est finalement à la hauteur de son point de départ, mordante et sans concession. Et puis on s'y attache à ce tueur, surtout lorsqu'il file un mauvais coton et qu'il se met à déprimer. Et puis il y a aussi les rencontres, les histoires sentimentales qui se créent malgré tout, une amitié improbable avec un policier un peu paumé... La vie qui continue, à l'image des couleurs chaudes de Luc Jacamon, un choix plutôt osé et bienvenu pour du polar.

Le tueur de Matz et Luc Jacamon
Éd. Casterman, coll. "Ligne rouge"
6 Tomes parus depuis 1998

vendredi 13 juin 2008

Ah, Lou !

Voilà j'avoue, j'adore Julien Neel, son univers, son humour, son énergie, son dessin, tout !

Déjà sur Chaque chose, j'avais les yeux un peu humides à la lectures de certains passages, et avec Lou, je ris ! Çà n'a l'air de rien, mais c'est franchement pas évident de me faire réagir physiquement. Habituellement, c'est plutôt dans la tête. Et là, je craque littéralement devant cette ado au look barbie écolo-bobo qui doit s'occuper d'elle comme une grande, car sa mère est accro aux jeux vidéo et cherche désespérément l'inspiration pour écrire un roman de SF, et son père à pris la fuite à l'annonce de l'heureux événement. Lou est bien entendu amoureuse, de Tristan, de Paul, de Tristan (...) et sa mère craque quant à elle sur son voisin baba-cool, mais comme elle n'est pas plus douée que sa fille de 13 ans, c'est pas gagné gagné... Et puis il y a aussi la mamie qui vit à Mortebouse et qui adore les choux de Bruxelles, se plaindre et s'engueuler avec son voisin. Bref, un univers surréaliste, tendre et lumineux, 100 % garanti antimorosité !

Lou de Julien Neel
Ed. Glénat, coll. "Tchô !", 4 tomes parus depuis 2004
1) Journal infime
2) Mortebouse
3) Le cimetière des autobus
4) Idylles

Lucille

Lucille déteste sa mère ultraprotectrice, sa vie et son corps. Elle veut disparaître et sombre dans l'anorexie. Arthur aime son père malgré sa violence et son alcoolisme, mais ce dernier se tue, lui léguant son prénom comme une malédiction. Lorsqu'ils se rencontrent, Lucille et Arthur croient tous les deux pouvoir enfin s'en sortir en se protégeant l'un l'autre de leurs démons. Ils partent sur les routes, quittent la France et vivent comme ils peuvent...

Les planches sont en noir et blanc, les personnages à peine esquissés, à la ligne claire, sans remplissage, fragiles, noyés dans le blanc de ces 540 pages (quand même !) qui ne constituent qu'un premier volume. L'univers est sombre et l'espoir plus que ténu, mais l'auteur a su rester sobre et éviter l'écueil du misérabilisme. Une œuvre ovni aussi dure que fascinante.

Lucille de Ludovic Debeurme
Éd. Futuropolis, 1 tome paru, 2006

Passion simple

Il y a des auteurs qui marchent et comme on se demande pourquoi, on finit par les lire. Le problème c'est que parfois, après les avoir lus, on se demande toujours pourquoi. C'est ce qui m'arrive avec Annie Ernaux. Une lectrice m'a conseillé de lire Passion simple, la voix toute chevrotante, et j'ai bien évidemment suivi son conseil ! A l'arrivée, me voilà avec un petit roman de 80 pages sur une liaison passionnelle entre la narratrice (Annie Ernaux...) et un certain A. qui commençait pourtant pas mal, avec une phrase qui m'a accrochée et fait réfléchir (ce qui n'est pas si mal !), bien que je ne sois pas d'accord avec elle, persuadée qu'on ne laisse jamais bien longtemps notre morale au placard, qu'on le veuille ou non.

"Il m'a semblé que l'écriture devrait tendre à cela, cette impression que provoque la scène de l'acte sexuel, cette angoisse et cette stupeur, une suspension du jugement moral".

L'auteure nous raconte donc sa maladie d'amour en insistant sur les symptômes et leurs conséquences (solitude, obsession, fuite, etc.), et sur la difficulté même d'écrire cette histoire et les émotions qui l'ont traversé. Et sur ce point, j'avoue que je lui donne raison, que ce qu'elle tente de décrire reste (pour moi) à plat et à la surface des choses. Elle m'a finalement donné envie de relire Dans ces bras-là de Camille Laurens. Sa vision de la passion et de l'obsession qui en résulte est plus féminine et moins chirurgicale que celle d'Annie Ernaux, mais surtout plus aboutie.

Passion simple d'Annie Ernaux
Éd. Gallimard, coll. "Blanche", 1994

mardi 10 juin 2008

Lupus

Lupus et son vieil ami Tony s'offrent des mois de vacances dans leur vaisseau spatial. Au programme : pêche dans toutes les galaxies, oubli des problèmes et drogues en tous genres. A l'arrivée : la rencontre avec Sanaa, une jeune femme de bonne famille bien décidée à fuguer, qui fait tourner toutes les têtes. Lorsque Tony et Lupus l'acceptent sur leur vaisseau, les ennuis commencent, car la famille de la belle n'a pas l'air décidé à la voir prendre son envol...

Le terme «lupus» désigne un groupe de maladies auto-immunes dans lesquelles l’organisme se met à produire des anticorps qui s’attaquent aux tissus sains ! Bref, un joyeux nom pour un anti-héros complètement paumé qui préfère se rendre malade, quitte à défier ses démons, plutôt que d'affronter la réalité. Or la réalité va méchamment sombrer dans le glauque dès la fin du premier volume, et dans la tragédie grecque à la fin du deuxième.

Quoi qu'il fasse, Frederik Peeters étonne, qu'il s'agisse d'autofiction avec Pilules bleues, de polar avec RG ou de science-fiction/road movie avec Lupus. Le dessin de Peeters est toujours aussi sombre, les rapports humains aussi justes que complexes (malgré le tee-shirt de Sanaa qui traduit ses humeurs en mots au grand déplaisir de son entourage !), le tout servi avec une dose d'humour noir juste comme il faut (des voleurs déguisés en vieux pour amadouer leurs victimes...), et des images fantasmagoriques plutôt réussies pour traduire les émotions de Lupus. Il n'y a plus qu'à voir si les deux derniers tomes sont aussi bons que les premiers, mais vue la montée en puissance du volume 2, je n'en doute pas une minute.

Lupus de Frederik Peeters
Éd. Atrabile, coll. "Bile blanche"
Série en 4 volumes, 2003-2006

Le chat du kimono

Un père offre à sa fille un très beau kimono aux motifs de chats noirs. Le tisseur tombe amoureux d'elle et lui déclare son amour, en vain. Pour se venger, il lui rend visite avec un kimono aux motifs de rats puis d'oiseaux. Les chats en deviennent si fous qu'ils s'en prennent à leur maîtresse. Seul l'un d'entre eux parvient à s'échapper. Commence dès lors un long périple avant que le chat ne retrouve enfin sa place dans le kimono. Il rencontrera l'enquêteur Watson, le peintre Toulouse-Lautrec, un marin amoureux, une femme délaissée, et fera le tour du monde !

Nancy Pena signe encore une fois une œuvre remarquable, ingénieuse, poétique, toujours influencée par l'Asie, entre le conte fantastique, le délire sous influence et l'exercice de style graphique. Le dessin est parfaitement maîtrisé, le style toujours aussi élégant. Chapeau bas.

Le chat du kimono de Nancy Pena
Éd. La Boîte à Bulles, coll. "Contre-jour", 2007

Le cabinet chinois

En Hollande au XVIe siècle, des alchimistes cherchent à créer un élixir de jouvence. Corneel, un jeune étudiant en médecine, se laisse séduire par le côté obscur et n'hésite pas à abandonner sa compagne. Or cette dernière est enlevée puis séquestrée dans une maison labyrinthique appartenant à un riche négociant - celui-là même qui emploie Corneel en cachette. La jeune femme serait le sosie d'une femme dont le négociant était fou amoureux. Ne voulant céder à ses avances, elle finit par s'enfermer dans le cabinet chinois, une étrange pièce qui raconte des histoires et lui donne à voir d'autres facettes de la réalité...

La belle et la bête revue et corrigée par Nancy Pena sous fonds d'alchimie, de poésie, de mystère et d'Asie. Une BD envoutante avec son dessin en noir et blanc qui oscille entre douceur et agressivité. Une jeune auteure à suivre.

Le cabinet chinois de Nancy Pena
Éd. La Boîte à Bulles, coll. "Contre-jour", 2003

Total Khéops

Nous voici au cœur de Marseille et de sa population haute en couleurs et en inégalités. Fabio, Ugo et Manu sont tous trois des enfants de migrants. Ils partagent les mêmes aspirations et aiment tous la même fille : Lole. Mais après les rêves, ce fut l'heure des cass puis celui de la fuite. Ugo est parti loin, Fabio et devenu flic et Manu est resté avec Lole et les magouilles. Lorsque celui-ci se fait tuer 25 ans après, Manu rentre pour le venger sans savoir que lui aussi va y rester. Il ne reste alors plus que Fabio pour comprendre et faire justice...

Un bon polar, c'est d'abord un personnage principal bien pensé, avec son petit caractère et ses manies, son quota de névroses, ses désillusions et son regard particulier sur le monde qui l'entoure. Jean-Claude Izzo ne s'y est pas trompé : Fabio Montale, la quarantaine, homme entouré de femmes mais ne sachant comment les aimer dans la durée, adore la pêche et la cuisine provençale, le Pastis, Marseille et se faire chouchouter par sa vieille voisine. Ajouter à cela une histoire sombre où s'entremêlent problèmes politiques, mafieux et sociaux et l'on se retrouve avec un polar plein de suspense et de soleil, qui donne envie d'éviter les embrouilles et de bien manger !

Total Khéops de Jean-Claude Izzo
Éd. Gallimard, coll. "Série Noire" ou "Folio Policier", 1995

mardi 13 mai 2008

Le vent dans les saules

Le vent dans les saules... Cela faisait longtemps que je retrouvais ces 4 BD un peu partout sur mon passage, librairies, bibliothèques et même pour finir dans mes étagères ! Il m'a fallu tomber sacrément malade, ne plus avoir une seule autre BD non lue pour m'y mettre et découvrir ces nouveaux compagnons de voyage, gentils, farfelus, so british. Des couleurs tout en douceur, un sens du détail impressionnant et des histoires atemporelles faites de petits riens et de grands n'importe quoi (merci Crapeau !). Bref de la bonne littérature jeunesse bien rassurante, à lire tout seul ou avec ses parents, grands-parents, arrières-grands-parents (le roman date au départ de 1908 !) histoire de croire encore à des valeurs aussi importantes que l'amitié, l'entraide, la générosité avant d'écouter les infos et de sombrer dans la morosité.

Le vent dans les saules de Michel Plessix
(D'après le roman de Kenneth Grahame)
Éd. Delcourt, 4 tomes parus ; série terminée.
T1 : Le bois sauvage
T2 : Auto, Crapeau, Blaireau
T3 : L'échappée belle
T4 : Foutoir au manoir

Celle que je ne suis pas

C'est le jour de la rentrée en troisième et Valentine se retrouve de nouveau dans un tourbillon de vie et d'effusions grâce à son groupe d'amies dirigé bon gré mal gré par Émilie, cette dernière étant plus âgée et s'y connaissant mieux en garçon... Or Valentine aurait bien besoin de quelques conseils en la matière pour approcher Félix, mais elle n'en a encore parlé à personne, et vue la finesse d'action de ses amies, il vaut sûrement mieux !

On retrouve avec plaisir le dessin de Vanyda toujours aussi frais et emprunt de culture manga, même s'il est quand même moins abouti que dans l'immeuble d'en face. Cela me donne l'impression que Celle que je ne suis pas est antérieur à ses dernières BD, impression à vérifier. L'histoire est bien menée, les personnages croqués en quelques bonnes situations et la tension palpable. Un bon moyen de se rappeler que ce qu'on aime dans le collège, c'est qu'il est loin derrière nous et de pardonner (ou au moins essayer) à tous les groupes de jeunes boutonneux mal sapés qui parlent fort dans la rue ou dans les transports en commun pour faire leur intéressant...

Celle que je ne suis pas de Vanyda
Éd. Dargaud, 2008

l'Envol d' Ellana

Voici enfin le retour de notre jeune apprentie marchombre et du monde de Gwendalavir. Toujours guidée par Jilano, Ellana doit encore braver un sacré nombre de dangers pour trouver sa voie et devenir une véritable marchombre. Or les pires combats sont souvent ceux que l'on mène contre soi-même...

Il n'y a pas à dire, Pierre Bottero sait raconter les histoires et faire vibrer ses lecteurs. Et lorsqu'il a décidé de raconter le passé d'Ellana, il a choisi la bonne voie, celle des marchombres que l'on rêve tous d'arpenter, en oubliant presque qu'elle n'existe pas... Pourtant ce serait franchement triste un monde sans cette force tout en finesse et en mouvement, comme serait triste un monde sans ces conteurs qui créent des univers à part entière, des mondes parallèles dans lesquels on se met à vivre quelques jours ou quelques semaines, mais que l'on n'oublie jamais vraiment. Bref, vivement la suite, et en attendant, relecture obligatoire des aventures d'Ewilan pour ne pas retourner trop vite dans la réalité. Et oui, c'est dur d'être addict.

Ellana l'envol de Pierre Bottero
2e tome de la trilogie "Le Pacte des Marchombres"
Ed. Rageot, 2008

Orage et Désespoir

Orage et Désespoir sont sœurs en pleine adolescence. Elles passent leurs vacances à la plage et doivent affronter la nouvelle compagne de leur père et son chien chien, les déclarations d'amis boutonneux et les secrets de l'île aux mortes sur laquelle personne ne va jamais....

Une histoire farfelue qui mélange les genres, de la vie quotidienne aux amours d'adolescence en passant par le fantastique, le tout saupoudré d'humour grinçant. Il faut dire qu'avec des prénoms pareils, on pouvait quand même s'attendre au pire. Et le résultat est d'ailleurs plus que mitigé avec quelques bons passages noyés dans des rebondissements qui tombent finalement à plat. A force de vouloir trop en faire, cela sonne surtout creux.

Orage et Désespoir de Lucie Durbiano
Ed. Gallimard, coll. "Bayou", 2006

mercredi 23 avril 2008

Specials

Tally Yougblood fait désormais partie de la toute nouvelle faction des Specials, les "scarificateurs" dont le chef n'est autre que Shay et, au-dessus d'elle, le docteur Cable. Tally vient juste de terminer son apprentissage parmi ses nouveaux compagnons tous aussi Specials qu'elle, tous aussi dangereux. Car cela est devenu trop banal d'être intense ; il faut devenir glacial, quitte à devoir se mutiler pour accéder à cet ultime état de conscience.
Ainsi armés et préparés, il est temps de partir en chasse. Or leur proie n'est autre que les nouveaux fumants portés par le jeune David. Mais ces derniers ne se laissent pas faire et semblent même avoir trouvé de nouveaux alliés...


Tally s'est finalement fait reprogrammer une nouvelle fois et se retrouve dans le camp du docteur Cable. Shay et elle sont de nouveau amies et elles sont même inséparables grâce à l'antenne dermique qu'elles partagent avec tous les autres scarificateurs. Et après tout, sont-elles vraiment dans le mauvais camp, car les nouveaux fumants ne se gênent pas pour détruire la nature et brûler les arbres. Jusqu'où iront-ils si on les laisse faire ? Redeviendront-ils des rouillés ?

Il faut bien l'avouer : la fin de la trilogie n'est pas à la hauteur du début, même si Specials nous interroge sans répis sur ce qui fait notre (in)humanité. Car Tally Youngblood est heureusement une héroïne imparfaite, ce qui nous sauve d'une histoire trop manichéenne. Mais vu le talent de Scott Westerfeld, on aurait aimé un final plus percutant, moins de bons sentiments et de rédemptions, et surtout moins de gadgets de la part de la rébéllion.

Specials de Scott Westerfeld
(3ème tome de la série "Uglies")
Ed. Pocket, 2008

vendredi 18 avril 2008

Homunculus

Nakoshi vit dans une voiture garée entre deux mondes : celui du parc et de ses SDF et celui d'un immense hôtel de luxe. C'est cette situation borderline qui motive un jeune étudiant en médecine à venir lui proposer un étrange travail bien rémunéré, accepter de se faire trépaner et d'acquérir par là même des pouvoirs paranormaux. Lorsque la voiture de Nakoshi se retrouve à la fourrière, ce dernier accepte...

Et nous voilà partis dans une série fantastico-psychanalytique dans laquelle Nakoshi se retrouve en capacité de voir les autres tels qu'ils sont vraiment, avec leurs bobos voire leur monstruosité. Certains sont de véritables araignées, d'autres des robots destructeurs. Tout d'abord horrifié par son nouveau pouvoir, Nakoshi va vite comprendre qu'il peut interagir avec ces formes et leur redonner leur humanité, mais que cette rencontre peut laisser des séquelles...

Un manga qui part fort (un peu à l'image de Heads de Keigo Higashino et Motorou Mase) mais qui 'essouffle sur la durée et finit même par devenir de plus en plus cru et malsain. Dommage.

Homunculus de Hidéo Yamamoto
Éd. Tonkam, coll. Frisson"
8 tomes parus depuis 2005

Pretties

Tally Youngblood a finalement subi l'opération. Elle a retrouvé Shay et Peris, mais perdu une bonne partie de sa mémoire en contrepartie de sa beauté. Ses nouveaux impératifs sont désormais très clair : sortir, s'amuser, être la plus belle et la plus "intense" pour être acceptée dans le groupe des "Crim" dont font partis tous ses amis. Or avec son passé de délinquante, cela ne devrait pas trop poser problème. Les fumants arriveront-ils à sortir cette nouvelle Tally de sa douce torpeur et prendra-t-elle le risque de prendre le fameux médicament ?

Décidément, Scott Westerfield maitrise parfaitement son sujet et a le don de nous rendre "intenses" à coup d'actions et de rebondissements plutôt inattendus ! Ce deuxième tome reste dans la lignée du premier, bien construit, vivant, chronophage... Les personnalités se complexifient en nous entrainant sur des chemins de traverse plutôt sinueux et grisonnants qui nous changent de la bonne vieille morale blanc vs noir. Encore !

Pretties de Scott Westerfeld
(2ème tome de la série "Uglies")
Ed. Pocket, 2007

mardi 15 avril 2008

Pyongyang

Guy Delisle est un canadien habitant en France et travaillant dans l'animation. Après nous avoir raconté la Chine dans Shenzen, il nous fait cette fois-ci découvrir la Corée du Nord où il a passé deux mois à superviser un dessin animé européen fabriqué à Pyongyang ! Et autant le dire tout de suite : on n'aurait pas trop aimé être à sa place. Entre le guide et l'interprète qui ne le lâchent pas d'une semelle, la photo du père de la nation Kim Il-Sun et la propagande à outrance, la cuisine qui baigne dans l'huile, l'absence d'électricité et d'esprit critique général, on comprend mieux pourquoi il passe son temps à balancer des avions en papier en direction de la rivière, histoire de pouvoir enfin s'évader !

Heureusement, Guy Delisle nous raconte ses déboires avec humour et distance, en se permettant finalement pas mal de choses. Son trait de crayon est simple et incisif, et sa manière de raconter les détails fait souvent mouche. Un récit-reportage parfaitement maitrisé.

Pyongyang de Guy Delisle
Éd. L'Association, coll. "Ciboulette", 2003

Uglies

L'humanité telle que nous la connaissons n'est plus ; elle a été en partie détruite par une sorte de virus contaminant l'essence. Pour ne pas répéter les erreurs du passé (gaspillage des ressources naturelles, guerres fratricides, discriminations physiques, etc.), la nouvelle société a décidé de vivre selon de nouveaux codes. Jusqu'à 16 ans, les enfants sont des Uglies et font à peu près ce qu'ils veulent. A 16 ans, il subissent tous une opération chirurgicale qui les rendra beaux et forts, faisant d'eux des Pretties.

Tally Youngblood attend avec impatience son prochain anniversaire pour se faire opérer et retrouver ses amis déjà transformés, en particulier son ami Péris. Or quelques semaines avant le grand jour, elle se lie d'amitié avec Shay, une jeune Ugly née le même jour qu'elle avec qui elle fait les 400 coups. Mais Shay s'enfuit rejoindre des rebelles quelques jours avant l'opération, laissant Tally toute seule.

Et nous voilà embarqués dans une série d'anticipation aussi intelligente que palpitante, ce qui n'arrive pas si souvent. Car cette belle société a de quoi séduire : la fin des inégalités, une vraie hygiène de vie, un respect de la nature. Bien sûr, tout n'est pas si simple, comme l'apprendra vite Tally lorsqu'elle rencontrera un nouveau type de Pretties : les Specials. Tout un programme... Bref, vive la bonne littérature pour soi-disant jeunes adultes que j'espère bien lire jusqu'à très très tard !

Uglies de Scott Westerfeld
(1er tome de la série "Uglies")
Éd. Pocket, 2007
Prix du Meilleur livre pour jeunes adultes 2006 de l’American Library Association

vendredi 11 avril 2008

La Marie en plastique

Dans le famille des Garnier, on vit tous ensemble, les grands parents, leur fille, son mari, leurs enfants et l'oncle dans le voisine ! Une promiscuité qui laisse souvent la place a de belles engueulades, surtout lorsque la grand-mère part en pèlerinage annuel à Lourdes et que son mari ne jure que par Staline. Mais comment réagir quand la bondieuserie de l'année, une Marie en plastique tout ce qu'il y a de plus commun, se met subitement à saigner toute seule ?!?

Une histoire plutôt bien amenée mais qui aurait mérité un peu plus de profondeur, avec peut-être un tome en plus.

La Marie en plastique
Pascal Rabaté et David Prudhomme (dessin)

Ed. Futuropolis, 2 tomes parus en 2006 et 2007
Série terminée

mercredi 9 avril 2008

Quand j'avais 5 ans, je m'ai tué

Gil, un petit garçon de huit ans, a fait une chose si terrible à Jessica qu'il se retrouve dans une institution spécialisée : la résidence Les Pâquerettes. Il refuse de parler au docteur Névélé et préfère écrire sur le mur de la salle de repos ce qui lui passe par la tête. Parfois, il se met à tout casser et aimerait fuir loin loin sur Blackie, le cheval imaginaire. Il sait bien qu'il doit se contenir s'il veut pouvoir rentrer chez lui, mais il attend des lettres de Jessica qui ne semblent pas arriver, ce qui le met hors de lui. Pourtant il ne sait pas que le docteur Névélé les cache pour le préserver de tout choc émotionnel. Une méthode qui ne semble pas plaire à Edouard, un jeune interne qui s'est beaucoup rapproché de Gil en essayant de le comprendre plutôt que de le punir...

Une histoire haute en émotions et en poésie, racontée avec les mots de Gil, ses fautes, ses expressions, son univers, sa justesse. Difficile de se dire qu'il ne s'agit que d'un roman, de ne pas imaginer cet enfant devenu aujourd'hui adulte, continuer de vivre parmi nous avec peut-être moins d'imagination, peut-être pas... L'important finalement est dans la croyance même de son existence, dans ce récit de vie qui nous interroge sur l'enfance, le bien et le mal, la difficulté d'accepter ce qui sort du cadre, et la facilité que l'on a à coller des étiquettes et des grands mots pour mettre à distance ce qui nous dérange. Bref, une jolie claque.


Quand j'avais 5 ans, je m'ai tué
de Howard Buten
Éd. Seuil, coll. "Points", 1981


mardi 1 avril 2008

L'Attrape-cœurs

Nous sommes en 1949 dans une pension de la côte est américaine. Holden Caulfield raconte ce qui lui est arrivé l'an passé, juste avant Noël. Expulsé de son lycée trois jours avant le début des vacances, il décide de quitter l'internat sans plus attendre. Avec toutes ses économies en poche, il prend le train pour New York mais préfère s'installer dans un hôtel pour reculer l'heure de la confrontation avec ses parents...

Roman d'adolescence par excellence, L'attrape-cœurs raconte ce moment dans la vie où l'on aimerait fuir loin de la bêtise et de l'incompréhension, recommencer déjà une nouvelle vie. Mais qu'on le veuille ou non, il n'est pas si simple de s'en aller, surtout lorsqu'on a une petite sœur adorable qui serait pourtant prête à nous suivre au bout du monde ! Or il est parfois plus simple d'être responsable pour un tiers plutôt que pour soi-même, et d'accepter finalement par ces chemins détournés de devenir adulte. Finalement, la phrase de Wilhelm Stekel que Salinger cite fort à propos, résume parfaitement l'ambivalence d'Holden coincé entre idéal et résignation :
"L'homme qui manque de maturité veut mourir noblement pour une cause. L'homme qui a atteint la maturité veut vivre humblement pour une cause."

L'attrape-cœurs de J. D. Salinger
Première publication : 1951

Planètes

Le 13 juillet 2068, la navette aérospatiale ralliant la Thaïlande à l'Angleterre est détruite par un vulgaire débris. Yuri a survécu. Sa femme n'a pas eu cette chance. Six ans plus tard, on le retrouve en train de nettoyer l'espace avec ses collègues Fee et Hachimaki. Un travail laborieux, dangereux et pas très gratifiant mais qui pourrait lui permettre de retrouver une trace de sa femme... Hachimachi veut quant à lui devenir le meilleur astronaute de tous les temps et avoir son propre vaisseau, mais c'est sans compter l'arrivée de la plus qu'entêtée Tanabé...

Nous voilà parti dans un récit d'anticipation où la Terre a épuisé toutes ses ressources et sillonne l'univers en repoussant toujours un peu plus loin les limites du possible. La technologie a bien sûr sa part dans ce manga, mais ce sont surtout les interrogations existentielles qui font avancer l'histoire. Les plus belles planches sont souvent celles où les personnages s'interrogent sur l'univers et sur eux-mêmes en contemplant les étoiles. Le sens de la vie, la responsabilité, la fuite, la solitude, l'amour, la famille tout y passe dans cet univers sans brouhaha permanent, où les astronautes se retrouvent seuls bien plus souvent qu'ils le voudraient. Une thérapie plutôt efficace si l'on prend le cas d'Hachimachi à qui l'auteure laissera le dernier mot...

Le dessin est brillant, riche en détails,en mouvements et évolue de manière significative d'un tome à l'autre. Et puis 4 tomes, c'est ni trop ni trop peu, juste ce qu'il faut pour s'évader sans retomber trop vite. Une belle réussite.

Planètes de Makoto Yukimura
Ed. Panini Comics, coll. "Génération Comics", 4 tomes parus :
"Autant de débris que d'étoiles" (2002)
"Le fugitif" (2002)
"Le chat nocturne" (2003)
"Peut-on se faire des amis ?" (2005)


jeudi 27 mars 2008

Eva aux mains bleues

Eva part tous les étés en vacances chez sa grand mère. Elle en profite pour continuer sa listes des choses les plus repoussantes et pour voir Lucie et Tobias. Mais cette fois-ci, Eva a 12 et aimerait devenir un peu plus grande, un peu plus femme, surtout au regard de Tobias... Suffira-t-il d'avoir les mains bleues comme toutes les femmes de sa famille ?

Un récit sur l'adolescence et la puberté traité sur un mode poétique, avec un dessin tout en douceur et de la peinture à l'aquarelle. C'est sûrement une bonne BD pour une jeune fille du même âge (et une bibliothécaire ravie de pouvoir indexer aussi facilement le livre !), mais sinon c'est un peu réducteur. J'avais déjà lu une BD d'Isabelle Dethan, Le roi cyclope, qui ne m'avait là non plus pas emballé : c'était une sorte de cycle de fantasy à l'eau de rose et pseudo poétique, mais trop stéréotypée dans sa manière même de se démarquer. Je passe.

Eva aux mains bleues de Isabelle Dethan
Éd. Delcourt, coll. "Mirages", 2004

mardi 25 mars 2008

Courtney Crumrin

Courtney Crumrin déménage avec ses parents dans la vieille maison familiale pour économiser l'argent d'un loyer ! Elle se retrouve ainsi catapultée dans une banlieue de riches, sans amis, avec pour seule compagnie des êtres bizarres qui la réveillent la nuit et l'hôte de leur nouvelle maison qui n'a vraiment pas l'air commode : son grand-oncle Aloysius Crumrin. Or ce dernier s'avère avoir dans bibliothèque personnelle des livres plus qu'étranges de sorcellerie. Pourquoi Courtney ne tenterait-elle pas une petite incantation ?...

Dans la série fantastique et sorcellerie, le scénario de Courtney Crumrin est assez classique : une vieille maison gothique, un vieil homme bizarre pour initier, des parents à l'ouest, etc. Mais rien à dire, ça fonctionne plutôt pas mal ! Le personnage Courtney Crumrin est plutôt réussie avec son sale caractère, sa petite taille et sa bouille toute ronde. L'ambiance et l'humour sont au rendez-vous, les histoires s'enchainent bien et le dessin est agréable. Pour les amoureux du genre.

Courtney Crumrin et Les choses de la nuit
De Ted Naifeh
Éd. Akileos, octobre 2004

mardi 18 mars 2008

Fables

Blanche-Neige, le Grand méchant loup, le Prince Charmant, Barbe bleue, la Belle, le Bête et beaucoup d'autres vivent parmi nous, les Communs, depuis déjà quelques siècles. Ils ont été chassé de leurs terres par l'Adversaire et ses légions de gobelins et monstres en tous genres. Ils ont dû apprendre à vivre cachés, ce qui n'est pas si simple, surtout pour les fables non-humains comme les Trois Petits Cochons et autres animaux parlant qui sont obligés de vivre à la Ferme. Les fables à l'apparence humaine ont quant à eux élu domicile en plein cœur de New-York dans un quartier qu'ils ont baptisé Fableville. Afin de préserver leur anonymat et leurs secrets, quelques fables veillent au grain : Blanche-Neige gère tous les litiges sans jamais prendre de vacances tandis que le Grand méchant loup, Bigby Wolf enquête sur les crimes. En effet, ce dernier n'a plus à rougir de son passé car, comme chaque fable, il a été amnistié pour ses anciens crimes à son arrivée ! Barbe bleue a lui aussi bénéficié d'un non-lieu, mais il semble avoir repris ses activités louches, tout comme Jack, une petite frappe qui croit encore aux haricots magiques...

On l'aura compris, le scénario de Fables est un vrai bijou d'ingéniosité et d'humour. Les histoires sont savoureuses et les personnages bien loin des clichés auxquels les albums de notre enfance et Walt Disney nous ont habitués. Le dessin est correct sans plus, mais le reste est tellement bon qu'on s'en contente sans problème. Vivement la suite !

Fables de Bill Willingham (scénar) et Ian Medina (dessin)
"Légendes en exil", Semic, 2004
"La ferme des animaux", Semic, 2004
"Romance", Panini, 2007
"Le Dernier bastion", Panini, 2007

Le combat ordinaire

Depuis le début de la série, Marco est en crise de vie. Il a quitté Velisy pour la campagne, s'est éloigné un temps de son métier de photographe reporter, a vu son père décliner puis mourir. Aujourd'hui il est papa et curieusement un peu moins angoissé que d'habitude, juste ce qu'il faut, mais guère plus. Autre chose étonnante : il accepte avec plus de philosophie qu'avant son impuissance face aux causes perdues comme la fermeture de l'usine de feu son père ou les garçons dont s'entiche sa fille de deux ans... Bref, il a muri et sait désormais renoncer, même si ce n'est pas toujours sans heurt, car il a enfin trouvé sa place, comme son père avait trouvé la sienne. Mais que l'on se rassure quand même un peu, vu le tempérament de sa fille, Marco aura toujours besoin d'aller faire un tour dehors, sur le petit muret où il aime fumer, réfléchir et angoisser... un peu.

Le combat ordinaire de Manu Larcenet
Ed. Dargaud, 4 tomes parus :
"Le combat ordinaire", 2003
"Les quantités négligeables", 2004
"Ce qui est précieux", 2006
"Planter des clous", 2008

samedi 15 mars 2008

Ikkyû

Cela faisait longtemps qu'on me parlait d'Ikkyû, un classique du manga signé Hisashi Sakaguchi et publié chez Glénat puis Vent d'Ouest et qui coûte les yeux de la tête (vivent les bibliothèques !). Ikkyû est le nom d'un moine zen fils illégitime de l'empereur Gokomatsu (information remise en question par certains historiens) qui vécut au XVe siècle au Japon. A travers 5 gros tomes en grand format, l'auteur nous retrace les grandes étapes de sa vie, ses réflexions sur le bouddhisme, ses rencontres, sa solitude, ses écrits, mais aussi son courage, sa force d'esprit et son humour.

La ligne est claire et soignée, le dessin en noir et blanc, le tout sur papier glacé... L'objet en impose donc avant même de lire l'histoire et cette dernière n'est pas en reste ! La vie d'Ikkyû est complexe, difficile, pleine de heurts et de remises en question.

Ikkyû de Hisashi Sakaguchi
Ed. Vents d'Ouest

Le canapé rouge

Anne n'a plus de nouvelles de Gyl, un de ces anciens amants, depuis qu'il s'est installé en Russie. Inquiète à son sujet, elle décide de partir à sa recherche en empruntant le même chemin que lui : en prenant le même train, en discutant avec les mêmes personnes, en s'attachant aux mêmes détails, ceux dont il lui parlait dans ses lettres jusqu'au jour où il a cessé d'écrire... Anne pense à sa vie, son passé, ses lectures et ses engagements, mais surtout à Clémence Barrot, sa vieille voisine du dessous chez qui elle aime aller lire et raconter des histoires sur des femmes de caractère comme Marion de Faouët ou Olympe de Gouge. Elle se rend peu à peu compte que son amitié avec la vieille modiste est devenu quelque chose d'essentiel, car malgré sa recherche de Gyl, c'est l'envie de retrouver Clémence assise sur son canapé rouge qui est la plus forte.

La Russie, la quête de son ancien ami, la vieille dame, les anciens voyages, les rencontres nouvelles, tout cela se mélange au gré des réflexions hachées de la narratrice, comme si elle avait tout écrit dans ce train, lorsque la pensée part au loin et revient sans cesse, sans plus construction ou de hiérarchie. On aimerait bien d'ailleurs trier et recoller ces morceaux de pensées, enlever celles superflues, les citations un peu pompeuses et les scènes trop contemplatives pour retrouver l'essentiel, à savoir Clémence Barrot et Gyl, et le plein et le manque qu'ils laissent sur leur passage ! Bref, un roman où il faut faire le tri entre justesse et verni...

Le canapé rouge de Michèle Lesbre
Sabine Wespieser Editeur, 2007

vendredi 14 mars 2008

Ratafia

Romuald, un étrange petit marin gagné aux poker contre le capitaine Charles son navire "Le Kouklamou" avec son équipage de pirates et surtout 9 cartes au trésors. Les marins voient donc débarquer le fameux Romuald, sa femme, son perroquet et ses nombreux livres sans comprendre ce qu'il se passe. Ils finissent par accepter de les accueillir en échange des cartes qui n'ont curieusement pas l'air d'intéresser le moins du monde le nouveau capitaine. Les voilà pourtant partis à la conquêtes de merveilleuses richesses pas encore découvertes, et pour cause, chaque île au trésor se révèle bientôt plus qu'inhospitalière. Heureusement, le nouveau capitaine sait philosopher dans toutes les situations, mais aussi chanter, danser, sculpter et peindre son perroquet...

Une série parodique bien menée, avec beaucoup d'humour (jeux de mots, clins d'oeil, comique de situation, etc.) qui fera rire les enfants comme les adultes, le tout servi par un dessin moderne et soigné aux couleurs franchement réussies.

Ratafia de Frédérik Salsedo et Nicolas Pothier
Ed. Milan, 4 tomes parus :
"Mon nom est Capitaine" (2005)
"Un Zèle imbécile" (2006)
"L'Impossibilité d'une île" (2007)
"Dans des coinstots bizarres" (2007)

Mal de pierres

Retour à un peu de littérature "blanche" avec Mal de pierres de Milena Agus, un petit texte publié chez Liana Lévi en 2006 qui a pas mal fait parler de lui. L'auteure raconte l'histoire de ses origines en se focalisant sur la vie de sa grand-mère, une beauté sarde un peu trop lunaire, surtout connu pour ses excentricités et ses coliques néphrétiques. Obnubilée par l'amour, "la chose principale" comme elle l'appelle, elle écrit des lettres enflammées aux hommes susceptibles d'être intéressés, mais sans succès. Puis en 1943, à l'aube de ses quarante ans, alors que tout le monde l'imagine vieille fille, un homme d'un village voisin, venant de perdre toute sa famille lors d'un bombardement, se propose de l'épouser. Un mariage de raison qu'elle refuse par principe, mais qu'elle ne peut évidemment pas empêcher...

La guerre, l'Italie, l'amour, le sexe, la filiation, la famille, le quotidien, ce texte déborde d'énergie et d'anecdotes, des plus futiles au plus sombres, le tout raconté avec passion, celle de cette petite fille pour sa grand-mère énigmatique qui s'est beaucoup occupée d'elle. Les personnages sont comme on les aime, plein de fêlures et de petites folies qui les rendent aussi attachants que vivants, au milieu de la Sardaigne qui transparait à chaque paragraphe avec ses couleurs, ses odeurs et ses plats typiques. Un peu de dépaysement toujours bien agréable quand on lit dans le métro... La construction narrative est parfois un peu bancale et l'écriture pas toujours juste, encore trop déjà-vu (bon, il s'agit d'une traduction...), mais le matériau de travail est là, plein de potentialités à explorer, et il n'y a plus qu'à attendre que l'auteure trouve sa propre voix.

Mal de pierres de Milena Agus
Ed. Liana Lévi, 2006

mardi 11 mars 2008

Chaque chose

Julien (Neel) laisse sa compagne et sa fille pour filer au chevet de son père très malade. Il se rappelle alors les vacances gratuites qu'ils ont passé ensemble, lorsque son père a accepté de porter un costume publicitaire de gros nounours bleu tout mignon, plutôt que de chercher un véritable travail de prestidigitateur. Peu à peu, on découvre que ces vacances ont joué un rôle essentiel dans la vie de chacun, un moment, une "chose" qui en a déterminé beaucoup d'autres...

Si le père est aujourd'hui presque insaisissable à cause de son état, il était bien présent dans le passé, capable d'observer son fils et de faire passer le bonheur de ce dernier avant son amour-propre. Et puis quoi de mieux que de passer ses vacances à jouer à la mascotte d'une marque de bonbonnes de gaz entouré d'un chauffeur-cascadeur, d'une responsable de communication charmante, d'un costume cravate tout gentil et d'un fils omnubilé par Batman ? Des petits riens qu'un certain Monsieur Gallimard (présenté comme un gentleman hyperactif un peu bizarre) publierait bien dans sa maison d'édition...

Julien Neel, que l'on connaît grâce à la série Lou ! (dans la collection "Tchô !"), nous offre cette fois-ci un récit introspectif sur le rapport père-fils, la difficulté de traduire ses sentiments et la peur de la perte. Les passages entre le passé et le présent sont particulièrement soignés, digne d'un bon montage cinématographique avec à chaque fois un détail graphique qui sert de lien entre les époques. Par ailleurs, le fond noir des pages fait ressortir les teintes mates plus ou moins sombres selon qu'il s'agit des souvenirs d'enfance ou de l'attente à l'hôpital. Il se dégage malgré tout de l'ensemble une impression de douceur et de finesse, un petit air d'enfance accentué par un dessin plein de courbes et de rondeurs. Une jolie BD pleine de justesse et d'émotions qui donne envie de faire un peu plus attention aux choses.

Chaque Chose de Julien Neel
Ed. Gallimard, coll. "Bayou", 2006

La reine dans le palais des courants d'air

Et voilà, Millénium c'est fini, Lisbeth n'est plus en convalescence, son procès est passé et la vie continue. Il parait qu'il y aurait un quatrième tome, mais il est sous clé et la compagne de Stieg Larsson ne compte pas le faire publier. Il faut dire pour sa défense que même si elle a vécu plus de vingt ans avec lui, elle n'a quand même droit à rien puisqu'ils étaient seulement concubins... De quoi relancer la vogue du mariage en Suède et ailleurs ! Quoi qu'il en soit, le tome trois se tient bien, les personnages se livrent encore un peu plus et le suspense est à son comble.

Millénium 3 : "La reine dans le palais des courants d'air"
De Stieg Larsson
Éd. Actes Sud, coll. "Actes noirs", 2007

samedi 8 mars 2008

Je ne suis pas un ange, mais un peu quand même !

Suite et fin de Je ne suis pas un ange, une des premières séries d'Ai Yazawa pleine de sentiments exacerbés et de difficultés de tout genre, histoire de nous faire un peu mariner jusqu'au happy end final. Un happy end plein de guimauves et de bons sentiments ; pardonnons à Yazawa, elle était encore jeune et pas encore portée sur la perversion sentimentale ou le punk trash. Mais on retrouve déjà son humour et la finesse de son dessin, et après tout ça fait aussi du bien un peu de morale et de grandes déclarations. On finirait presque avec la larme à l'œil et le cœur pur, presque...

Je ne suis pas un ange d'Ai Yazawa
Ed. Delcourt, 2008

Brothers

Deux frères, une sœur, tous trois le même âge, 14 ans, et oui c'est possible lorsqu'on est des triplés. Là où cela devient franchement compliqué, c'est quand les deux frères réalisent qu'ils aiment leur sœur en cachette, et que finalement elle aussi n'a pas l'air tout à fait claire avec eux, surtout lorsqu'elle fait des petites crises de jalousie...

Mais qu'ont-ils donc ces japonais avec l'amour incestueux frère-sœur ?!? On a déjà eu la version Georgie (deux frères et une sœur mais adoptée...), celle de Forbidden love (coup de foudre entre deux inconnus qui découvrent après coup leurs liens de sang !), et j'en passe sûrement plein d'autres. J'ai beau y réfléchir, je ne vois pas trop l'équivalent en France, à part peut-être quelques cas isolés ! Quoi qu'il en soit, le dessin est plus tôt basique (ce qui est franchement étonnant et décevant, car Tajima Sho-U n'est autre que le dessinateur de MPD Psycho !), les personnages un peu creux et caricaturaux (le badboy sanguin au grand cœur et le beau gosse sensible prise de tête...). Et plus on avance dans l'histoire, plus celle-ci dérive, ne sachant finalement pas comment traiter son sujet. Bref, une série qui ne risque pour l'instant pas de rester dans les mémoires.

Brothers de Tajima Sho-U
Éd. Glénat
3 tomes parus (4 en tout au Japon, prépublié en 1991)

Same difference

Il y a des BD qui ne payent pas de mine et qui pourtant restent longtemps en tête. C'est assurément le cas de Same difference. Simon et Nancy, deux amis d'une vingtaine d'années, racontent une histoire personnelle qui leur est arrivé et dont ils ne sont pas fiers. Simon a rejeté les avances une de ses anciennes camarades de classe car elle était aveugle, tandis que Nancy répond à des lettres d'amour qui ne lui sont même pas adressées ! Ils décident de partir à la recherche de l'auteur des lettres, histoire de voir à quoi il ressemble... Curiosité, quand tu nous tiens !

Quand la mauvaise conscience remonte à la surface, il n'est pas toujours simple de l'assumer. Mais rassurons-nous quand même un peu : nous sommes touts pareils, à vivre en secret avec notre petit lot de lâchetés et de regrets. Pourtant il n'y a rien de plus compliqué que de se montrer sous son mauvais jour, même aux amis ! Une BD sensible et juste qui a le mérite de nous faire réfléchir sur nous-mêmes, ce qui finalement n'arrive pas si souvent.

Same difference de Derek Kirk Kim
Éd. 6 Pieds sous terre, coll. "Monotrème", 2004
Eisner award du meilleur espoir 2004

la fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

Autant le savoir tout de suite, le tome 2 et le tome 3 fonctionnent ensemble (traduction : si on n'a pas la suite sous le coude lorsqu'on finit le 2, on est dans la merde !!!). Comme on s'en doute fortement, la fille qui rêvait d'un bidon d'essence n'est autre que Lisbeth Salander, notre anti-héroïne préférée qui se prend cette fois-ci son passé en pleine gueule. Stieg Larsen a donc bien compris que sa meilleure intrigue reste ce petit bout de femme ultra énervée, et honnêtement, à la fin de ce tome, on se dit qu'elle a quand même de bonnes raisons de l'être. Super Blomsvick joue encore une fois le rôle de prince charmant sur le retour, un peu lunaire mais toujours aussi efficace (finalement, il a un petit côté Ademsberg). Qu'une seule chose à dire : la suite ! la suite ! la suite !

Millenium 2 : "La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette" de Stieg Larsson
Ed. Actes Sud, coll. "Actes Noirs", 2006

American born chinese

Fraichement débarqué de San Francisco, Jin Wang est le seul élève d'origine chinoise de son école. Sous prétexte qu'il mange du chien et autres préjugés du même genre, il est mis à l'écart jusqu'à l'arrivée de d'origine coréenne, lui aussi mangeur de chien sans le savoir. Pourtant Jin aimerait vraiment sympathiser avec ses camarades, surtout avec Amélia. Il tente même la coupe afro pour la séduire...
Le Roi singe a deux grandes passions : le kung-fu et les fêtes. Le jour où il se fait interdire l'entrée d'une soirée sélect entre dieux et gens puissants pour cause de "singerie", il décide de s'entrainer encore plus pour se venger et oblige tous ses sujets à porter des chaussures...
Danny est un lycéen heureux à qui tout sourit : il a des amis, est bien vu au club de sport et semble plaire à Mélanie. Mais lorsque son cousin Shing-Toc débarque de Chine pour passer avec lui deux semaines de vacances, tout son univers vacille...

Ces trois histoires s'imbriquent et se complètent pour nous faire réfléchir au racisme et aux problèmes d'intégration qui en découlent, mais aussi à la difficulté d'assumer et d'être fier de ses différences dans un monde où l'uniformité est mère de toute aseptisation. Le message est clair, parfois un peu trop consensuel, mais c'est pour la bonne cause ! Le dessin est quant à lui très agréable grâce au mélange de la ligne claire et du style manga. Une BD rafraichissante et très accessible qui plaira aussi bien aux bédéphiles qu'aux néophytes.

American born chinese de Gene Luen Yang
Ed. Dargaud, août 2007

vendredi 7 mars 2008

Trois ombres

Un couple et leur petit garçon Joachim coulent des années paisibles dans un joli coin reculé du monde, jusqu'au jour où ils aperçoivent trois ombres menaçantes juste à côté de chez eux. Or plus les jours passent, plus les ombres se rapprochent. Le père a beau essayer de s'en approcher, elles disparaissent un temps mais finissent toujours par revenir. Ne supportant plus la situation, la mère part en ville en quête de réponses. Selon une de ses amies accoucheuse de démons intérieurs, ces trois ombres viendraient en vérité chercher Joachim. Le père décide alors de fuir avec son fils pour échapper, si possible, à l'insupportable menace...

Trois ombres est un récit initiatique touchant tous les personnages. En effet, les parents voient leur enfant en danger alors qu'eux-mêmes ne sont pas concernés, comme la logique le voudrait. Joachim, quant à lui, sent dès le départ que les ombres sont là pour lui et qu'il devra finir par choisir entre se confronter à elles ou les distancer. Dans les deux cas, son cocon sera rompu et le monde tel qu'il le connaissait irrémédiablement voué à changer. Or quoi de plus douloureux que de perdre son paradis ? Cette fable fantastique nous entraine dans le vif de la peur, la peur de voir disparaître ce que l'on a connu, aimé, et que l'on aurait tellement voulu voir durer.

Le dessin de Cyril Pedrosa est fascinant, fait de courbes et de déliées, d'épaisseur de trait plus ou moins marqué selon le moment, rendant les personnages tour à tour forts ou fragiles, écrasés par un poids trop lourd ou légers. On a par ailleurs l'impression que les traits sont toujours en mouvement, comme-ci l'auteur, à l'image de ses personnages, avait refusé de figer son élan et de se faire à son tour rattraper... Une belle réussite graphique sur 268 planches.

On doit déjà à Cyril Pedrosa Ring Circus et Cœurs solitaires, et il est déjà certain que la liste de ses œuvres ne s'arrêtera pas là.

Trois ombres de Cyril Pedrosa
Éd. Delcourt, coll. "Shampoing", 2007

Broderies

En Iran, dans la famille Satrapi (la plus connue de toutes depuis Persepolis !), les hommes et les femmes se retrouvent entre eux après le déjeuner. Ces messieurs vont faire la sieste tandis que ces dames font la vaisselle et se retrouvent autour d'un thé pour "ventiler le cœur" comme elle disent... Et là, tout le monde en prend pour son grade. Ces femmes de toute génération confrontent leurs vies et leurs histoires (voire celles des autres au passage...) sans fausse pudeur. On apprend par exemple qu'une "broderie" consiste à se faire recoudre pour retrouver sa virginité, ou que le sperme flotte dans le thé ! On est donc loin de l'image fermée et arriérée que l'on se fait de l'Iran, même s'il faut sûrement relativiser la liberté de ces femmes qui font partis d'une classe privilégiée vivant plutôt à l'occidentale, comme on s'en ai rendu compte dans Persepolis. Quoi qu'il en soit, les histoires sont poignantes, parfois douloureuses mais toujours racontées avec vie et humour. Décidément, Marjane Satrapi a l'art d'embarquer les lecteurs avec ses dessins simples et ses dialogues coup de poing. Un univers parfait pour une adaptation théâtrale !

Broderies de Marjane Satrapi
Éd. L'Association, coll. "Côtelette", 2003

Le secret des dolphantes

Retour dans le monde merveilleux de Lanfeust, le forgeron un peu bébête super héros sauveur du monde, qui est parti faire un tour dans les étoiles depuis déjà 7 tomes, histoire de sauver de nouvelles galaxies et de vendre plein d'albums (mais où va-t-il partir au prochain cycle ?!? Sinon, il est toujours marié (ou concubin ? je ne me souviens plus si c'est bien moral tout ça...) à Cixi, a un enfant en pleine crise d'adolescence mais avec plein de super pouvoirs qu'il ne sait forcément pas bien utiliser, a toujours Thanos au cul, et Hébus en meilleure pote pour pouvoir lui sauver les fesses quand il faut ! Pour le scénario, c'est comme d'habitude : il faut sauver les gentils, tuer les méchants, rassasier Hébus et (petit plus du tome) bien élever son grand garçon.

De la bonne BD pas prise de tête avec son lot d'humour, de petites phrases bien placées à tendance gauche-écolo (si ! si !), de fesses et de seins... Une BD qu'on est content de lire mais pas d'acheter pour ne pas se faire charrier par tout son entourage une fois passé la barre des... 16 ans. Bref, vivent les bibliothèques et le droit de prêt.

"Lanfeust des étoiles" T7 : Le secret des dolphantes
De Arleston et Tarquin
Ed. Soleil, décembre 2007

mardi 26 février 2008

Les funérailles de Luce

Luce passe quelques jours de vacances chez son grand-père, dans un petit village où la petite fille fait beaucoup chuter la moyenne d'âge par sa présence. Car les jeunes ont l'air d'avoir déserté les lieux, ne passant que pour de brèves visites à leurs parents devenus vieux. Mais à quoi bon vivre lorsque cette visite que l'on attend sans cesse ne dure que quelques heures et laisse un vide encore plus béant que la veille ? Et comment expliquer la mort à une petite fille ?

Un dessin encré sans couleur qui fonctionne bien, un découpage aéré et harmonieux (6 cases/1 case) et un sujet complexe et porteur... Là encore, suis-je passée à côté de cette BD pour n'en avoir fait qu'une lecture hâtive sans accrocher sur rien (à part la scène où le grand-père se fait draguer que j'ai trouvé très chouette) ? Rien à dire de très négatif non plus. Les rapports entre les gens du village sont bien fichus, la solitude traitée avec sensibilité et justesse même si c'est dans son versant le plus négatif pour ne pas changer (heureusement, il nous reste Les petits ruisseaux de Rabaté pour offrir à la vieillesse une petite bouffée d'oxygène !). La mort est personnifiée par une sorte de petite fille sous un voile tenant une étrange boite et accompagnée d'un homme nu décharné à qui elle tient la main. A chaque mort, elle laisse un origami sur son passage... Bon, pourquoi pas, même si je ne vois pas ce que cela apporte.

Les funérailles de Luce de Springer
Éd. Vents d'Ouest, 2008

mardi 19 février 2008

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Mikael Blomkvist, la quarantaine, est journaliste économique et l'un des responsables de Millénium, un journal qui essaie d'épingler les magouilles des grands groupes financiers. Mais à la chasse au milliardaire, ici Hans-Erik Wennerström, il arrive parfois que l'on perde et que l'on se retrouve condamné pour diffamation... Mais il arrive aussi que l'on soit contacté par un autre milliardaire, Henrik Vanger pour résoudre une histoire de disparition, celle de Harriet Vanger (la nièce d'Henrik) datant d'une quarantaine d'années. Mikael Blomkvist se laisse tenter par cette mission plutôt inhabituelle contre une belle rémunération et la promesse d'un petit tuyau pour faire tomber Hans-Erik Wennerström.

Et nous voici partis dans une enquête digne d'un huit clos à la Dix petits nègres, car la disparition a eu lieu sur une île et le seul pont permettant d'en partir était en feu... Mais heureusement le classicisme apparent de l'histoire est vite mis en pièces par le choix de personnages principaux barrés juste comme il faut. Un beau gosse vieillissant qui mélange sexe et amitié comme si de rien était, ou une jeune fille tatouée "piercinguée" d'un peu partout, qui a beaucoup trop fréquenté les psychiatres à son goût, et ne se pose pas trop de problèmes moraux avant de frapper quelqu'un ! L'ambiance est donc joyeusement bizarre, aussi fascinante que sombre, et même si on aimerait être parfois un peu plus épargné, on en redemande franchement !

Millénium 1 : "Les hommes qui n'aimaient pas les femmes"
De Stieg Larsson
Ed. Actes Sud, coll. "Actes Noirs", 2006

L'année du dragon

Franck, un jeune homme un peu perdu sans emploi ni appart, si ce n'est le salon de son frère et de sa belle-soeur, trouve enfin du travail dans un centre aéré. Il rencontre alors Bernadette, jeune femme blonde sexy bien dans sa tête qui lui fait clairement comprendre son attirance. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si Franck n'avait pas quelqu'un d'autre en tête, à savoir la jolie et non célibataire Kim, une petite chinoise pétillante qui lui a justement prédit de grands changements dans sa vie car c'est l'année du dragon, le signe astrologique de Franck...

Nous voilà donc face au classique triangle amoureux saupoudré de vie quotidienne et de récit initiatique, car Franck devra non seulement choisir entre les deux femmes, mais aussi accepter la mort de son père net certaines responsabilités. Bref, dépasser son petit syndrome de Peter Pan ! Le tout est écrit et dessiné par François Duprat et Vanyda (L'immeuble d'en face) avec un trait léger façon nippon assez expressif et plutôt agréable. A noter que L'année du dragon est d'abord sorti en 3 tomes colorisés avant cette intégrale en noir et blanc, et après avoir aperçu quelques pages encore en couleur, ce choix me semble plutôt bon. Bref, une BD sans prétention qui fonctionne très bien.

L'année du dragon de Vanyda et François Duprat
Éd. Carabas, 2008 pour l'intégrale
Sinon 2003 (Franck) 2004 (Bernadette) 2005 (Kim)

samedi 9 février 2008

NonNonBâ

Les yokai sont des êtres surnaturels (esprits ou démons) qui peuplent l'imaginaire des japonais depuis le Moyen-Age. NonNonBâ, une vieille dame vivant dans une petite ville de la côte ouest du Japon, connait ces êtres étranges et les respecte tous. Elle ne se lasse pas de raconter leurs histoires à Shiguero, un jeune garçon passionné par le dessin plutôt que par l'école, au grand désespoir de sa mère. Celle-ci n'a d'ailleurs pas beaucoup de chance car son mari est lui aussi un doux rêveur incapable de garder un emploi stable.

NonNonBâ de Shigeru Mizuki
Éd. Cornélius, coll. "Pierre", septembre 2006

La montagne magique

C'est l'histoire de deux enfants dont le père est mort et la mère gravement malade (encore une famille qui va bien comme les aime Taniguchi) qui viennent passer leur vacance d'été chez leurs grands parents (comme s'ils avaient le choix !). Or ces derniers vivent à côté d'une montagne que l'on dit magique et qui sert forcément de terrain de jeu et de défis initiatiques à toute la marmaille environnante. Bon, jusqu'ici tout va bien. Là où ça commence à dérailler, c'est lorsque le jeune garçon de 11 ans commence à discuter avec une salamandre échouée dans le vivarium du musée local. Elle lui propose d'exaucer un vœu s'il arrive à lui rendre sa liberté et à la ramener chez elle, (devinez où !) à l'intérieur de la montagne, là où jaillit une source merveilleuse... Et son vœu le plus cher, rassurons-nous tout de suite, c'est que sa maman guérisse !

Que rajouter d'autre si ce n'est que cette BD est signée Jirô Taniguchi, qu'elle va donc bien se vendre, que son héros ressemble comme d'habitude à tous ses autres héros, que c'est niais, creux, désespérant de facilité et plein de bons sentiments bien comme il faut ! La seule nouveauté, c'est le choix d'un format cartonné typique de la BD franco-belge avec de la couleur et des grandes planches. Bon, c'était quand même pas une raison pour se satisfaire d'un tel scénario. A quand le retour d'oeuvres aussi justes et complexes que Le Sommet des dieux ou Quartier lointain ?

La montagne magique de Jirô Taniguchi
Ed. Casterman, 2007

Couleur de peau miel

Un jeune coréen, dénommé Jung (alias l'auteur lui-même !) perd au sens propre ses parents pendant la guerre et se retrouve quelque temps à l'orphelinat avant d'être adopté (comme deux cent mille autres enfants coréens !) par une famille belge de 4 ans. Commence dès lors un lent processus d'adaptation à une nouvelle langue, une nouvelle culture, une nouvelle vie. Ses parents adoptifs sont parfois durs, ses nouveaux frères et sœurs gentils. Mais comment oublier d'où l'on vient et se que l'on est lorsqu'on n'a pas la même couleur de peau que les autres ?

La guerre de Corée, l'adoption, le déracinement, la quête des origines et j'en passe, voilà une BD autobiographique qui aurait tout pour fonctionner et pourtant non. L'auteur-narrateur difficilement attachant nous balance sa vie en quelques cases (assez bien dessinées) mais sans distance ou véritable réflexion sur ce qu'il a traversé. Le ton est agressif, certaines scènes un peu gratuites, et l'on se demande jusqu'où ses rancunes vont le mener, rancunes qu'il a l'air de cultiver plutôt que de vouloir les dépasser. Et au bout du compte, on a du mal à savoir ce qui le rend aussi aggressif, ce qui anime son récit, car tout est mis sur le même plan sans véritable hiérarchie ou structure narrative construite. Mais comment avoir du discernement sur sa propre histoire lorsqu'on manque encore d'expérience et de recul ? Peut-être était-ce trop tôt pour se lancer un tel défi. Dommage.

Couleur de peau : miel de Jung
Éd. Quadrants, coll. "Astralabe", 2007

vendredi 8 février 2008

Sanctuary

Hojo et Asami ont tous les deux survécu à la guerre du Cambodge en jouant à pierre ciseaux papier pour rester en vie... De retour au Japon, ils découvrent l'opulence, mais aussi la faiblesse et la mollesse de leur peuple. Ils décident alors de lutter ensemble pour changer les mentalités et redonner vie à tous ces hommes et ces femmes trop bien élevés. L'un luttera au grand jour et incarnera le nouveau modèle de l'homme moderne, l'autre s'occupera des basses besognes et trouvera les fonds et les réseaux nécessaires. C'est encore à pierre ciseaux papier que leur rôle se jouera : Asami dans la lumière de la politique, Hojo dans l'ombre, du côté des yakusa. Tous deux vont vite évoluer jusqu'à devenir de véritables gênes pour le pouvoir déjà en place. Mais leur volonté et la force de leur conviction feront aussi des adeptes, comme la jolie commissaire Ishihara ou le redoutable Tokai. Mais cela suffira-t-il à réveiller tout un pays ?

Et voilà 12 tomes de progestérone pure avec viol, violence et j'en passe, mais avec aussi une formidable énergie grâce au charisme de ces deux héros en lutte contre un Japon fade et déprimant. Le dessin fait un peu vieillot, mais on finit par s'y habituer et à se laisser entrainer dans ces luttes et ces machinations. Dommage que les hommes se mesurent un peu trop souvent la quequette et que les femmes leur servent de "défouloir", et encore, je pèse mes mots. Malgré tout, cette série donne la pêche et nous rappelle de marcher la tête haute sans jamais abandonner.

Sanctuary de Ryoichi Ikegami et Sho Fumimura
Éd. Kabuto, 12 tomes parus, série terminée

Ah, les hommes !

Voici le troisième volet de Magasin général, la fameuse série dessinée à deux mains (ou quatre ?), celles de Régis Loisel et de Jean-Louis Tripp. Je n'ai toujours pas bien compris qui faisait quoi, Loisel la base et Tripp redessine tout derrière ?!? En tout cas, le résultat est plutôt pas mal, le dessin raffiné et l'ambiance dépaysante juste comme il faut, car nous sommes au Québec, dans la nature le froid et les expressions plus que bizarres pour les vulgaires français de France que nous sommes...

Dans les premiers tomes, on a découvert le village et surtout Marie, la jolie veuve qui tenait avec son mari le fameux magasin général, centre névralgique de cette charmante petite communauté qu'est Notre-Dame-des-Lacs. Puis arrive Serge, un preux chevalier sur sa bécane cassée, qui va ensorceler les femmes du village avec ses bonnes manières et sa gentillesse à fleur de peau, et surtout la Marie qui lui fera un peu de place dans sa grange pour passer l'hiver comme il faut... Une petite révolution est en marche et Serge ne compte pas s'arrêter là : il décide d'ouvrir un restaurant gastronomique français cent pour cent gratuit ! Mais que vont penser les hommes du village quand ils rentreront de leur chasse hivernale ?

Si le premier tome est peut-être un peu long à démarrer (et puis avec Loisel sur la couverture, l'horizon d'attente est forcément élevée...), les deux autres nous plongent vraiment dans cet univers intimiste où les gens luttent comme ils peuvent contre la solitude, le deuil et les rigueurs le l'hiver. Bref une histoire triste comme on aime (si ! si !), mais pleine de petits bonheurs pas trop niaiseux, le tout joliment raconté et dessiné, sans parler du bon petit cliff à la fin de ce tome... De quoi donner plus que l'envie de lire la suite, ce qui ne devrait pas trop tarder sachant que les trois premier tomes (de 76 planches chacun!) sont parus depuis mars 2006, ce qui est une vraie performance pour une série de BD franco-belge...

Magasin général, de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp
Casterman, 3 tomes parus depuis 2006

Le Contrat

Pour continuer dans la veine juive (exposition "De Superman au Chat du rabbin" oblige...), voici l'un des premiers romans graphiques loin des super héros en tout genre et des gentils aventuriers journalistes. Le Contrat est celui passé entre Dieu et Frimme Hersh, un jeune juif qui, à la mort de ses parents, est pris sous son aile par toute sa communauté. Grace à son incroyable gentillesse qui en fait aux yeux de tous un protégé de Dieu, les derniers juifs encore en vie lui payent le bateau pour l'Amérique, afin qu'il échappe aux pogroms qui ravage la Russie. Il décide alors de s'en remettre à Dieu en faisant avec lui un contrat gravé sur la pierre. Frimme Hersh sera le plus fidèle serviteur de Dieu tant que ce dernier sera juste. Mais le jour où Rachèle, la jeune fille adoptive de Frimme Hersh meurt, ce dernier balance la fameuse pierre et maudit Dieu...

Il faut bien l'avouer, ce roman graphique de Will Eisner est particulièrement sombre, fait de petites histoires où la morale et la foi sont plutôt mises à mal. Ici, le cynisme est de mise et les manipulateurs en tout genre l'emportent comme la fillette de 10 ans prête à aguicher le concierge pour lui voler son argent... Mais quel est le pire finalement : qu'un adulte essaye de profiter d'une enfant qui s'offre à lui, ou que l'enfant en question ne fasse que le manipuler pour profiter de lui prendre son argent ? Le désir et la faiblesse face aux tentations : voilà donc comment Will Eisner nous renvoit notre humanité, sans complaisance mais avec humour. Les dessins en noir et blanc sont quant à eux impressionnants de force et d'expression, et les perspectives faites de simples lignes à couper le souffle !

Le Contrat de Will Eisner
Éd. Glénat, coll. "Roman BD", 1993
1978 aux Etat-Unis

mardi 5 février 2008

Le chat du rabbin

A Alger, dans ce qui semble être l'entre deux guerres, le chat d'un rabbin mange un jour le perroquet de la maisonnée et se met à parler. Le rabbin décide de ne plus le laisser approcher de sa fille Zlabya jusqu'à ce qu'il devienne un bon (chat) juif ! Les voilà donc tous les deux à disserter sur la bar-mitzva, les rites funéraires et la bible comme si de rien n'était, avec humour et légèreté, au cœur d'un pays haut en couleur et en traditions.

Voilà donc une petite immersion dans l'univers séfarade plutôt bien menée, avec un chat philosophe et un rabbin bien têtu qui ont tous les deux beaucoup de choses à raconter. Si on aime bien le dessin de Sfar, il y a vraiment de quoi se faire plaisir, sinon ce sera malgré tout une bonne BD à découvrir.

Le chat du rabbin de Joann Sfar
Ed. Dargaud, coll. "Poisson pilote"
5 tomes parus depuis 2002

Le livre de Dina

Découverte d'Herbjorg Wassmo, une auteure phare de la littérature norvégienne (publiée chez Gaïa sur papier saumon pour le plaisir des yeux !), avec la fameuse saga en trois tomes Le Livre de Dina. Décidément, elle n'a pas l'air très drôle la vie à la fraîche sur les terres scandinaves. Nous voici au XIXe siècle dans un petit port à l'extrême nord de la Norvège où vit Dina, 5 ans, la fille du commissaire de la région. Tout irait sûrement pour le mieux dans le meilleur des mondes (le froid en plus...) si la jeune fille n'avait pas accidentellement tué sa mère en l'ébouillantant. Son père, fou de chagrin, rejette alors l'enfant devenue aphasique, la laissant s'occuper toute seule d'elle même. Elle grandira comme une sauvage au cœur des arbres et de l'écurie jusqu'à ce qu'un percepteur lui apprenne à jouer du violoncelle et la prenne sous son aile, autant que cette dernière le lui permettra avec son caractère bien trempé. Or à 15 ans la jeune femme est devenue aussi belle qu'effrontée. Jacob, un riche commerçant de la région, demande à son ami le commissaire la main de sa fille. Dina se retrouvera dès lors en charge d'une immense propriété à gérer, ce qui ne l'empêchera pas de n'en faire qu'à sa tête...

Nous voilà donc partis dans une épopée romantico-tragique car Dina semble attirer le malheur et les fantômes autour d'elle. Malgré sa fougue, sa sensualité et sa vitalité, elle finit par vivre au milieu des regrets et des cadavres et finit tant bien que mal par s'en accommoder. L'histoire est sombre du début à la fin, et l'espoir ne fait pas long feu dans cet univers aride. Un livre qui laisse une étrange impression de mort et qui prend du temps à se décanter.

Le Livre de Dina d'Herborg Wassmo
Ed. Gaïa, 1988

jeudi 31 janvier 2008

Notes pour une histoire de guerre

Alors là